A Vancouver, ALIVE pense « glocalement »

8 Avril 2013



Rencontre avec Scott Clark, président de l’organisation ALIVE à Vancouver. Cet activiste politique se bat pour la reconnaissance des droits et l’amélioration des conditions de vie des Autochtones canadiens en milieu urbain. Il a accepté de nous éclairer sur les principaux objectifs et les moyens d’actions de A.L.I.V.E.


Scott Clark, président de l’organisation ALIVE (Crédits photo — Elisa Juszczak)
Scott Clark, président de l’organisation ALIVE (Crédits photo — Elisa Juszczak)
Qu’est-ce qui vous a amené à vous engager politiquement?
Tout a commencé en 1995. Malgré le refus de la population locale, un projet de construction de casino a été déposé dans la réserve de Beecher Bay (île de Vancouver). Je suis alors devenu le porte-parole des habitants de cette réserve dont je suis originaire. Cela m’a conduit à travailler avec United Native Nations. Je suis par la suite devenu vice-président puis président de cette organisation, que j’ai quittée pour des raisons personnelles en 2002. Ce n’est que plus tard, en 2010, que j’ai rejoint ALIVE (Aboriginal Life in Vancouver Enhancement) dont je suis à présent le directeur exécutif.

Pouvez-vous m’en dire plus sur la situation actuelle des Autochtones au Canada ?
Je ne vous apprendrai rien en vous disant que ce sont majoritairement des personnes fragiles, à faibles revenus. Il faut par contre avoir à l’esprit que 80% des Autochtones canadiens vivent actuellement en milieu urbain. C’est donc avant tout dans les villes qu’il faut agir pour améliorer leurs conditions de vie. Certains événements tragiques sont souvent passé sous silence, comme le suicide de trente adolescents à Vancouver en septembre 2012. Il me semble pourtant que cela est très significatif de la détresse dans laquelle ces jeunes vivent.

Pourtant, le gouvernement canadien aide dans une certaine mesure les Autochtones, en leur offrant des droits sociaux. Il se doit aussi, selon l’Indian Act, de consulter les First Nations pour certaines décisions politiques.
Oui, mais il faut d’abord prendre en considération le fait que le terme First Nations a été créé par le système colonial en 1876, via l’Indian Act. Le statut de First Nation a avant tout permis de diviser les populations autochtones. En Colombie Britannique, on compte 28 langues autochtones, correspondants donc à 28 groupes de population. Mais l’Indian Act a permis aux colons de diviser ses 28 groupes en 203 groupes de First Nations, et de créer 1800 réserves. Autrement dit, cette loi n’a abouti qu’à la ségrégation des Autochtones. Cela permet au gouvernement de dialoguer avec des personnes auxquelles il a préalablement fabriqué le statut qui lui convient. Une telle ségrégation ne peut pas aboutir à quelque chose de bénéfique pour quelconque société ou communauté.

Comment ALIVE parvient-elle, de son côté, à améliorer les conditions et droits des populations autochtones ?
Le but de A.L.I.V.E est, en collaboration avec plus de quatre-vingt autres organisations indépendantes du gouvernement, de créer des liens entre les services sociaux, les agents économiques, le gouvernement et les populations. Tout cela au niveau local, ce qui fait par ailleurs écho à l’un des paradigmes promus par l’Agenda 21 du sommet de la Terre à Rio en 1992 : la glocalisation. Cela revient tout simplement à penser au niveau global, mais à agir au niveau local, autrement dit au cas par cas. Cela contribue à la création ou au maintien de communautés dans Vancouver. Chaque communauté est associée à un community centre et à une délimitation géographique précise de la ville. A ce jour, il y a 24 community centres à Vancouver.

Et concrètement, quels sont les moyens employés pour atteindre cet objectif ?
C’est très simple : éducation, information et dialogue. Mon travail est d’aller à la rencontre de tous ces acteurs (services sociaux, économiques), et de les informer sur la réalité sociale des populations autochtones, de dialoguer, afin d’aboutir à des solutions concrètes. Tous les jeudis matin par exemple, je me rends à un meeting sur l’hygiène et la santé des jeunes Autochtones dans les milieux scolaires. Aussi, A.L.I.V.E n’a pas de bureau attitré. Nous travaillons dans les community centres, et c’est là aussi que les personnes dans le besoin viennent nous rencontrer.

Avez-vous un exemple ?
Bien sûr ! Certains parents d’origine indigène rencontrent des problèmes de chômage. De ce fait, ils n’ont parfois pas les moyens de payer le loyer mensuel de leur logement social, et sont menacés d’expulsion, eux et leurs enfants. Ce qu’a réussi à mettre en place A.L.I.V.E et ses partenaires, c’est une banque où les personnes dans le besoin peuvent contracter des prêts qu’ils rembourseront par la suite. Cela évite l’éclatement familial et la mise à la rue de personnes psychologiquement et socialement fragiles.

Les élections provinciales s’approchent (le 14 mai 2013). ALIVE a–t-elle l’intention d’intervenir une fois de plus ?
Tout à fait. L’un des autres principaux objectifs de notre organisation est d’éveiller la conscience citoyenne et d’inciter l’engagement politique de chacun dans sa communauté. Aux dernières élections provinciales, moins de 50% des gens ont voté. C’est pour cela que nous allons organiser cinq débats communautaires, une fois de plus dans les community centres, afin de sensibiliser le maximum de personnes aux questions politiques. Tout un chacun doit être conscient de son rôle de citoyen au sein de la société !

Avez-vous une idée des résultats de cette élection ?
Je pense et j’espère que le Nouveau Parti Démocratique va être élu ! En Colombie Britannique, leur leader est Adrian Dix. Il sera intéressant et probablement plus facile d’établir un dialogue avec lui !

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