Menace paramilitaire en Slovaquie

18 Décembre 2015



Slovenski Branci, les « Recrues Slovaques », groupe paramilitaire nationaliste et xénophobe, est en train de gagner en popularité en Slovaquie, notamment chez les plus jeunes. Pourtant, n’enfreignant en rien la législation du pays, les autorités se retrouvent en difficulté face à cette organisation.


Crédit Slovenski Branci
Crédit Slovenski Branci
Principale organisation paramilitaire du pays, Slovenski Branci compte actuellement environ 200 membres actifs. Son objectif officiel est d’assurer la sécurité nationale. Organisée comme une véritable armée, elle propose des entraînements au combat ainsi que des formations aux techniques de survie. D'après les images diffusées sur son site internet, tir à la mitraillette, parachutage, prise de contrôle de positions stratégiques ou encore techniques de camouflage sont au programme. L'organisation affirme également porter assistance aux populations, notamment en cas de catastrophes naturelles.

Une organisation nationaliste peu prise au sérieux

Bien que qu'elle se revendique apolitique, le rapport de Dominik Zelinsky de 2014 sur le nationalisme slovaque l'accuse de « manifester des tendances nationalistes ». Elle se montre aussi très critique de l'Union européenne et de l'Otan. Toujours selon le rapport de 2014, plusieurs de ses membres auraient eu des « expériences d'activités contre le système ». Son symbole même est un détournement de la double croix slovaque, au pied de laquelle des racines ont été ajoutées, pouvant rappeler l'attachement aux origines et à l'identité nationale.

Crédit Slovenski Branci
Crédit Slovenski Branci
Les Slovaques semblent peu se préoccuper de ce sujet. Un étudiant slovaque en faculté d'économie, dont l'anonymat a été préservée, préfère les considérer comme « concernés par la sécurité nationale », plus que comme réellement « nationalistes ». Un autre étudiant déclare qu'il les considère comme « un petit nombre de personnes bruyantes qui essayaient d'attirer l'attention », avant d'ajouter qu'il ne les « prend pas au sérieux ».

Journaliste à Bratislava pour le Plus 7 dni, Ivan Mego met en garde : « Si c'était seulement des garçons ordinaires avec une passion pour les militaires et des jouets dans les mains, tout irait bien. Mais la réalité est plus grave ». Dans l'un de ses articles, il insiste notamment sur le danger potentiel que représentent 200 hommes armés et entraînés s'ils échappaient au contrôle de l’État.
Crédit Slovenski Branci
Crédit Slovenski Branci

Un recrutement ciblé sur les jeunes

La progression de Slovenski Branci est sans doute due en partie à ses méthodes de communication très développées. Pour toucher les enfants et les adolescents, sous prétexte de les initier au « patriotisme », les recruteurs n'utilisent quasiment que les réseaux sociaux. Après que j'ai contacté plusieurs membres de l'association par e-mail, ceux-ci m'ont tout de suite invité à n'utiliser que Facebook pour communiquer. Peter Svrcek, leader de l'organisation, n'est âgé que de 20 ans. Les publications sur son profil Facebook alternent entre propagande nationaliste et contenu web en tous genres : mèmes internet, vidéos qui font le « buzz », smileys... Tous les éléments populaires chez les jeunes sont utilisés.

Les paramilitaires tentent également d'endoctriner les enfants directement dans les écoles. D'après le journal Pravda, des établissements scolaires auraient laissé des membres de l'organisation donner des exposés sur l'histoire Slave et sur l'intégration européenne aux élèves pendant la classe. Plus surprenant encore, les paramilitaires auraient même organisé à plusieurs reprises des séances de tir à blanc pour les enfants dans certains établissements. L'école élémentaire Ludanice, mise en cause dans cette affaire et contactée par le Journal International, n'a donné à ce jour aucune réponse à nos questions sur le sujet.

Crédit Slovenski Branci
Crédit Slovenski Branci
Dans la loi du pays, les Recrues Slovaques ne sont pas considérées comme illégales. Si le ministère de l'Intérieur suit de très près leur activité, il ne peut pas les interdire. Comment faire face à ce problème ? En modifiant la loi ? D'après Pravda, les experts préfèrent une solution plus éducative que législative. Ils prônent la mise en place de cours d'éducation civique sur les vertus de l'armée, afin que l'intérêt militaire de certains jeunes ne les oriente plus vers la tentation paramilitariste.

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Alexis Demoment
Rédacteur en chef du Journal International et étudiant à l'Institut d'Etudes Politiques de Lyon.... En savoir plus sur cet auteur