Océan indien : trésor à qui saura le prendre !

17 Octobre 2015



7 juillet 1730. Saint-Paul, île Bourbon, actuelle île de la Réunion. Olivier Levasseur, jugé coupable de piraterie, est pendu. Avant de mourir, la légende raconte qu'il aurait jeté un cryptogramme dans la foule en criant « mon trésor à qui saura le prendre ». Cette légende suscite depuis un intérêt dans le monde entier et notamment au Japon, où le dessinateur Eiichiro Oda s'en est ouvertement inspiré pour la première scène du manga One Piece.


Crédit JoKerozen
Crédit JoKerozen
Près de trois siècles après, aucun trésor n'a été retrouvé. Pourtant, des passionnés continuent de croire en son existence et se consacrent à sa recherche. Le Journal International a interrogé l'un d'eux, Emmanuel Mezino, spécialiste du sujet et auteur du livre Mon trésor à qui saura le prendre.

La plus grosse prise de l'histoire de la piraterie

Surnommé La Buse, en référence à l'oiseau réputé pour fondre sur ses proies avec une rapidité exceptionnelle, Olivier Levasseur rentre dans la légende en 1721. À l'aide du pirate anglais John Taylor, il réalise ce que certains estiment comme étant la plus grosse prise de l'histoire de la piraterie. Il s'empare du navire la « Vierge du Cap », de retour des Indes, avec à son bord l'archevêque de Goa et le vice-roi des Indes.

Crédit Tonton Bernardo
Crédit Tonton Bernardo
La valeur prise est estimée comme colossale. « 16800 diamants minimum » avance Emmanuel Mezino. À cela s’ajouteraient des épices, de la vaisselle en argent et bien d'autres richesses, dont la crosse de l'archevêque. Le total pourrait aujourd'hui atteindre plusieurs dizaines de milliards d'euros. Une partie a cependant été redistribuée entre  les membres de l'équipage. Le capitaine aurait décidé d'enfouir sa part du butin quelque part sur l'île Bourbon pour le protéger mais ne l'aurait jamais récupéré avant son exécution.

Mystère toujours non résolu

Le cryptogramme est aujourd'hui rendu public, mais sa signification exacte n'a toujours pas été élucidée. Il est écrit dans un véritable alphabet, le Pig-Pen, utilisé en particulier dans le milieu maçonnique. En traduisant à partir du Pig-Pen, on obtient une suite de lettres qui semble n'avoir guère de sens. Le spécialiste propose une traduction des trois premières lignes :

« ApreDneyunepairedepijontiresket,
2doeursqeseajtetecheralfunekort
Filttinshientecupreneyuneculliere »

Selon lui, ce texte dissimule « une carte des étoiles représentant la constellation de l'Ecu de Sobieski ». Le site pirates-corsaires.com avance quant à lui une théorie selon laquelle la forme géométrique créée par la position des trois lettres A présentes dans le cryptogramme pourrait indiquer les coordonnées de l'emplacement du trésor.

Le mystère reste donc entier depuis bientôt 300 ans, et ce malgré les progrès techniques mis à disposition des chercheurs de trésors modernes. Lorsqu'on l'interroge sur les méthodes employées, Emmanuel Mezino explique que « la révolution n'est pas tant dans l'approche, elle est dans le gain de temps et la précision qu'offrent les nouvelles technologies ». Il distingue deux catégories de chercheurs. D'un côté, des « détectoristes », adeptes du terrain, utilisant des instruments tels que les détecteurs de métaux, se fiant au hasard et à des indices visuels. De l'autre, des « détectives », qui mènent un travail beaucoup plus rationaliste, basé sur des archives et des légendes locales.

Un trésor « à qui saura le prendre » ?

Le trésor existe-t-il vraiment ? Impossible d'en avoir la certitude tant qu'il n'aura pas été retrouvé. À l'heure actuelle, Emmanuel Mezino prétend avoir trouvé un site sauvage à la Réunion où des marques gravées dans le basalte concorderaient avec le cryptogramme. Il se retrouve bloqué par l'administration française, qui n'a pour l'instant pas donné son accord pour entamer les fouilles.

Pourtant, c'est bien l'État qui se retrouverait propriétaire du trésor s'il venait à être découvert. La loi française semble donc entraver la recherche de trésors. Ceux-ci seraient plusieurs milliers sur le territoire. En revanche, au Royaume-Uni, depuis 1996, le Treasure Act permet à celui qui a découvert un trésor d'en devenir propriétaire au bout de 14 jours s'il est prouvé qu'il s'agissait bien d'un trésor et qu'il n'appartenait à personne.

Si sa légende est fascinante, le trésor réunionnais ne rapportera donc pas forcément une grande somme à celui qui le découvre. Cependant, Emmanuel Mezino affirme « qu'il existe au moins un autre trésor d'Olivier Levasseur, enfoui aux Seychelles et qui n'aurait pas encore été découvert ». Amateurs, amatrices, la chasse est ouverte !

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Alexis Demoment
Rédacteur en chef du Journal International et étudiant à l'Institut d'Etudes Politiques de Lyon.... En savoir plus sur cet auteur