Quand les aveugles voient

Camille Guillemin
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6 Novembre 2012



Voir sans avoir conscience que l'on voit, tel est le principe de la vision aveugle, un phénomène récemment découvert et qui fascine aujourd'hui les scientifiques comme le grand public.


Quand les aveugles voient
Le principe est simple : certaines zones de notre cerveau traitent des informations visuelles sans pour autant que nous en soyons conscients. Ces zones spécifiques demeurent/fonctionnelles alors que les zones qui transmettent ces informations visuelles à la conscience ne le sont plus. La personne est donc considérée comme étant aveugle.. Ainsi, son cerveau peut continuer à capter et traiter ce qu’elle voit sans pour autant qu'elle en ait conscience. Une personne aveugle avance dans un couloir. Elle n’a pas de canne blanche et marche à vitesse normale. Une chaise est posée sur le côté droit du couloir. Lorsqu’elle arrive à sa hauteur, cette personne se déplace vers la gauche pour ne pas heurter l’obstacle.

Que s’est-il passé ? Cette personne ne feint pas d’être aveugle, elle a ce qu’on appelle une « vision aveugle », ou blindsight. Ce phénomène, aujourd’hui connu par les scientifiques et très étudié en sciences cognitives, est pour le moins étrange.

Il y a deux façons d’être aveugle. Ou bien ce sont les yeux qui sont touchés ou bien c’est le cerveau. Dans ce cas, on parle de cécité corticale car c’est le cortex, le cerveau, qui est lésé. Cela peut arriver après un accident de la route ou un AVC par exemple. Il se produit alors un phénomène très particulier. Les yeux reçoivent les informations visuelles, comme le font les yeux d’une personne voyante. Mais le cerveau ne traite plus ces informations, car la zone qui les analyse, le cortex visuel primaire qui se trouve à l’arrière du cerveau, est lésé.

Quand les aveugles voient
Chez une personne voyante, des cellules réceptrices appelées cônes et bâtonnets se trouvent au fond de l’œil et captent les informations visuelles. Ces informations sont transmises, via le nerf optique, aux corps genouillés latéraux puis se divisent en deux parties inégales. L’une part vers le cortex visuel primaire, l’autre,  plus petite, part vers le thalamus. Les informations qui arrivent au cortex visuel primaire sont  analysées et traduites en image. La personne va alors avoir conscience de ce qu’elle voit. Les informations qui migrent vers le thalamus ont un autre but. Celui d’informer très rapidement sur l’espace qui nous entoure. Ce sont ces informations qui vont servir dans le cadre des réflexes par exemple. Le traitement des informations dans le thalamus n’est pas conscient, il se fait de façon automatique.

Dans le cas d’une personne aveugle corticale, donc aveugle car son cortex visuel primaire a été lésé, il y a toujours des cellules réceptrices, qui captent les informations visuelles et les envoient, via le nerf optique, aux corps genouillés latéraux. La partie des informations qui va vers le cortex visuel primaire est alors « perdue », non analysée. Mais les informations qui vont vers le thalamus sont toujours traitées. Ainsi, une personne qui ne voit pas peut éviter une chaise dans un couloir car bien qu’elle n’en ait pas conscience, son thalamus a analysé cette information.

Si vous demandez à cette personne pourquoi elle s’est déplacée vers la gauche à ce moment précis dans le couloir, elle vous répondra probablement qu’elle ne le sait pas. Son thalamus a agi sur le cortex moteur afin d’éviter l’obstacle sans qu’aucune des informations visuelles n’arrive jusqu'à la conscience de la personne.

Les pouvoirs de notre cerveau n’ont pas fini de nous surprendre !

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