UNICEF : une utilité relative ?

Paul Ribéreau-Gayon, membre de UN'ESSEC
3 Mars 2014



Vendredi 21 février 2014, l’UNICEF a lancé un appel de fonds de 2,2 milliards de dollars. Le montant, considérable, se révèle être un triste record pour l’UNICEF. Rien que pour la Syrie et ses pays voisins, 835 millions de dollars ont été demandés pour apporter un soutien nécessaire aux enfants. Décryptage d’une organisation mal connue.


© OCHA
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L’UNICEF - le fonds des Nations-Unies pour l'enfance - a été créé le 11 décembre 1946, avec comme but premier la coordination de l’aide d’urgence aux enfants dans une Europe dévastée. Une fois cette mission réalisée, les ambitions de l’UNICEF ont été revues à la hausse. Aujourd’hui l’UNICEF intervient sur des domaines d’interventions assez larges comme la survie, le développement et la protection de l’enfant. Ces mots qui peuvent sembler bien vagues recouvrent néanmoins des problématiques supranationales primordiales : la santé, l’éducation et la défense des libertés. Un autre aspect, moins connu, est l’analyse des politiques et des partenariats nationaux. Par l’intermédiaire du Comité des droits de l’enfant, l’UNICEF rédige pour chaque Etat membre de l’ONU un document intitulé Concluding Observations. Ce dernier comporte un descriptif des avancées ou des retards en matière nationale de protection de l’enfant. Le cas échéant ce comité n’hésite pas à émettre des recommandations de politiques intérieures. L’UNICEF est en charge du suivi des objectifs du millénaire pour le développement relatifs aux enfants.

Les missions de cet organisme semblent s’être légèrement modifiées depuis le passage au troisième millénaire. C’est du moins le constat fait par Yves Beigbeder - universitaire français spécialiste des organisations internationales - dans son ouvrage New challenges for UNICEF : children, women and human rights publié en 2001. La démographie galopante, les troubles politiques à répétition, la poussée économique de régions entières seraient ainsi autant d’éléments explicatifs d’un UNICEF nouveau.

Une organisation pas comme les autres

Afin de comprendre les spécificités de cet organisme, il faut s’intéresser à son statut légal. Juridiquement il s’agit d’une agence de l’ONU, créée et soutenu par cette dernière. Deux volets composent l’organigramme : l’un est international, l’autre est national. Ce fonds s’accompagne de 36 délégations nationales, comme UNICEF France. La grande spécificité réside dans le statut associatif de ses délégations. UNICEF France est une structure associative de la loi 1901, bien qu’elle soit accréditée par un organisme des Nations Unies.

Il s’agit d’une des seules organisations supranationales à avoir reçu le prix Nobel de la paix bien avant Kofi Annan et l’ONU (2001), l’agence internationale de l'énergie atomique (2005), le groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (2007) ou plus récemment l’organisation pour l'interdiction des armes chimiques (2013). L’UNICEF, lorsqu’elle est honorée à Oslo en 1965, devient le deuxième organisme onusien de l’histoire à recevoir le prix Nobel de le Paix. Elle succède donc au Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés récompensé en 1954.

Un peu plus anecdotique cette fois, l’UNICEF est connue et reconnue pour sa stratégie de communication. L’ensemble des ambassadeurs comme David Beckham, Shakira ou Audrey Hepburn participe à une logique de sensibilisation plus globale. A noter également le mini-buzz créé il y a deux semaines avec sa campagne Tap Project. L’UNICEF joue avec nos penchants technophiles et nous propose le deal suivant : chaque période de 10 minutes sans toucher son smartphone rapporte, grâce à la contribution de ses sponsors, suffisamment d’argent pour subvenir au besoin journalier en eau potable d’un enfant.

Les enfants-soldats, nouveau cheval de bataille

L’estimation est colossale : 250 000 enfant seraient embrigadés et enrôlés dans le monde. Le 12 février dernier, lors de la Journée internationale des enfants-soldats, l’UNICEF a dressé un bilan de son action. C’est plus de 100 000 enfants soldats qui auraient été « libérés » grâce à l’organisme depuis 1988. Très clairement ce combat est devenu l’une des priorités affichée de l’UNICEF. Très récemment 23 enfants-soldats ont été sauvés en Centrafrique. Une goutte d’eau peut-être, mais une réalité tangible. Selon Souleymane Diabaté, le représentant de l’UNICEF en RCA, ce succès est le fruit de négociations entre toutes les parties impliquées. Il a insisté sur l’impact que peut avoir l’UNICEF dans de telles négociations. La situation en Centrafrique est problématique car en quelques mois le nombre estimé d’enfants enrôlés serait passé de 3500 à 6000. Autant dire que le bout du tunnel est encore loin.

Les activités de l’UNICEF reposent la plupart du temps sur un texte, ratifié par la quasi-totalité des Etats membres de l’ONU en 1989 : La Convention relative aux droits de l'enfant (CIDE). Il s’agit du premier instrument juridique international énonçant clairement les droits fondamentaux des enfants du monde entier. La Somalie et les Etats-Unis n’ont toujours pas ratifié cette convention. En 2007, l’UNICEF a voulu aller plus loin dans la lutte contre les enfants-soldats avec les Engagements de Paris en vue de protéger les enfants contre une utilisation ou un recrutement illégaux par des groupes ou des forces armés. Malheureusement ces « principes de Paris » n’ont été ratifiés que par 105 pays contre 193 pour la CIDE. Il reste encore beaucoup de pain sur la planche pour que l’UNICEF puisse s’affirmer comme un acteur influent au niveau mondial.


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