À deux mois des élections, le Royaume-Uni se prépare-t-il un avenir européen ?

20 Mars 2014


Dans deux mois, les britanniques voteront pour leurs représentants au parlement Européen. L'occasion pour les leaders politiques de préciser leurs projets quant à l'Europe.



« Les britanniques ont maintenant un choix très clair. À la prochaine élection, ils peuvent élire un gouvernement conservateur qui renégociera la position du Royaume-Uni dans l'Europe ». Telle est la promesse de David Cameron si son parti gagne les législatives de 2015, avec à la clé un référendum en 2017 sur le maintien ou non du pays dans l'Union Européenne. Mais avant cela, il y a d'abord les élections européennes. Dans un État où l'euroscepticisme a toujours semblé triomphant, les sondages offrent aujourd'hui une image plus mitigée de l'opinion publique britannique. Alors, Europe ou pas Europe ? Les urnes pourraient donner à l'issue des législatives européennes un premier aperçu du futur que compte se construire le Royaume-Uni.


Ed Miliband fait du pied aux libéraux-démocrates

Depuis l'annonce en janvier 2013 par le Premier Ministre d'un référendum pour, éventuellement, sortir de l'Union Européenne, ses opposants politiques ont dû à leur tour se positionner sur la question. Sur l'échiquier politique anglais, les libéraux-démocrates sont les seuls à défendre, depuis plusieurs années, la coopération accrue entre le Royaume-Uni et le reste de l'Union Européenne. Dans un discours le 10 mars dernier, Nick Clegg a réaffirmé que son parti était pleinement en faveur du maintien du pays au sein de l'UE, soulignant l'importance du marché européen en termes d'économie et d'emplois, ainsi que les bienfaits de la coopération judiciaire et policière. Rien de surprenant donc, puisque les libéraux-démocrates sont historiquement pro-européens.
Il se pourraient cependant qu'ils ne soient plus les seuls. Début mars, Ed Miliband, leader du Labour Party, a indiqué qu'un référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l'Europe était « improbable » sous un gouvernement travailliste. Seul un processus de dévolution de pouvoirs supplémentaires à l'Union Européenne justifierait selon lui l'organisation d'un référendum sur un possible retrait du pays. De quoi éclaircir la position du parti, restée jusque là assez ambiguë concernant l'Union Européenne. Certains comme Keith Vaz, membre travailliste du parlement, soulignent néanmoins qu'avec le processus de fédéralisme au sein de l'Europe, « une forme de transfert de pouvoirs est inévitable ».
Tactique électorale pour se rapprocher des libéraux-démocrates en vue des prochaines législatives ? Si c'est le cas, Ed Miliband a raté sa cible. En dépit de leur position presque identique sur l'Europe, comme sur plusieurs autres domaines, Nick Clegg maintient que les libéraux-démocrates sont les seuls à y soutenir véritablement le rôle du Royaume-Uni, et insiste sur le fait que les récentes déclarations du leader des travaillistes ne rend pas plus probable une coalition des deux partis après les élections de 2015.
 

L'UKIP : infiltrer l'ennemi pour mieux le faire chuter

Le parti de Nigel Farage n'a pas eu quant à lui à éclaircir sa position récemment : le United-Kingdom Independence Party est tout bonnement opposé depuis le début à l'adhésion à l'Europe, et souhaite organiser, s'il remporte les élections de 2015, un référendum immédiat sur la sortie de l'Union Européenne. Son rejet de l'Europe est peut-être d'ailleurs l'unique domaine sur lequel l'UKIP a des propositions bien définies et cohérentes. Invité du Daily Politics d'Andrew Neil fin janvier, Nigel Farage s'est en effet illustré par les nombreuses contradictions existant entre ses positions actuelles et celles présentes dans le manifeste du parti de 2010.

Paradoxalement, le parti a une représentativité plus forte au parlement européen qu'à la Chambre des Communes, phénomène révélateur des motivations de ses électeurs : c'est un vote contre l'Union Européenne davantage que pour l'ensemble du programme de l'UKIP. Cet euroscepticisme se ressent par ailleurs à travers le taux de participation aux européennes, qui a toujours été inférieur à la moyenne des pays membres : en 2009, à peine 34,7% des britanniques sont allés voter, contre une moyenne européenne de 43%. Nigel Farage compte donc sur ces élections pour voir exploser le score de son parti, au sein d'une institution dont il souhaite précisément que le Royaume-Uni se retire.
 

Sondages ambigus, des prévisions à quitte ou double

À désormais deux mois du vote, les sondages sur le choix des britanniques pour leurs représentants est incertain. Si le vainqueur varie régulièrement selon les vagues d'enquête, une chose est néanmoins certaine : l'UKIP devrait selon les prévisions sortir renforcé de l'élection. Plusieurs sondages comme celui de la société ComRes pour The Independent on Sunday placent même le parti de Nigel Farage en tête avec 30% des voix. Un sondage ICM pour The Guardian montre quant à lui un score moins élevé, de 20%, ce qui marque tout de même une légère progression par rapport aux élections de 2009.
L'autre tendance des sondages, c'est la forte progression du Labour qui dépasserait le parti conservateur, après un résultat décevant en 2009 où le parti n'avait réussi à rassembler que 15,7% des voix. Les voix gagnées par les partisans d'Ed Miliband pourraient ainsi freiner la réussite de l'UKIP, en rassemblant 28 à 30% des votes.
Entre Labour et UKIP, les incertitudes des sondages permettent néanmoins d'obtenir la photographie d'un électorat britannique divisé quant à la question européenne. Entre maintien des relations courantes avec l'Union Européenne ou retrait plus ou moins rapide de celle-ci, les cœurs semblent balancer. C'est acquis, le Royaume-Uni est loin d'être europhile à la manière de certains pays d'Europe continentale : reste à savoir s'il enverra au parlement européen des représentants capables de penser l'Europe ou refusant de s'y impliquer.



Étudiante à SciencePo Paris obsédée par l'actu sociale. En savoir plus sur cet auteur