Arménie : la démocratie mise à l'épreuve

15 Février 2013


Même si le candidat à la présidentielle Parouir Hayrikian a été blessé par balles, les Arméniens éliront ce lundi leur président. Course dans laquelle le chef de l'Etat actuel, Serge Sarkissian, est donné grand favori. Cet événement reste, pour un pays qui a connu une élection des plus sanglantes en 2008, un exercice crucial pour la démocratie.


« J'ai décidé de ne pas user de mon droit afin qu’aucun bâtard ne puisse affecter le processus démocratique dans le pays », s'est ainsi exprimé Parouir Hayrikian face aux journalistes. Après avoir été blessé à l'épaule par des coups de feu en plein centre de la capitale, le candidat avait saisi dimanche la Cour constitutionnelle pour demander un report du scrutin. Or, lundi, l'ancien dissident soviétique annonçait retirer sa demande. Cette agression vient alimenter l'inquiétude d'un pays qui a connu des élections mouvementées en 2008, provoquant des manifestations de l'opposition et causant la mort d'une dizaine de personnes. Cette année, le président Serge Sarkissian a promis des « élections libres », ajoutant que l'Arménie avait « besoin d'élections libres et justes comme de l'oxygène » et qu'elle avait « tous les moyens d'organiser les meilleures élections possibles ». Cependant, ces élections sont considérées non compétitives, puisque les principales forces d'opposition n'ont pu y participer. Donc, aucun candidat n’incarne un réel concurrent face au chef d'Etat actuel. Son principal rival, Raffi Ovannissian, ne présente que 11% des intentions de votes, contre 69% pour Serge Sarkissian. Trois principales forces d'opposition ont refusé de participer à ce scrutin, d'autant que l'opposition n'a pas su désigner un candidat unique.

Un pays enclavé et instable

Serge Sarkissian, président sortant et grand favori
« En avant, vers l'Arménie riche! » Optimiste, Serge Sarkissian l'est. Le peuple, un peu moins. Ex-république soviétique, indépendante depuis 1991, l'Arménie a beaucoup souffert d'une identité parfois remise en question. En conflit avec l'Azerbaïdjan depuis des années pour le contrôle du Nagorny Karabakh, une région azérie peuplée d'Arméniens, elle souffre depuis 20 ans d'un blocus économique. Si cette année, les élections laissent prédire un semblant de démocratie, elles souffrent continuellement de ce conflit. Un cessez-le-feu a été signé en 1994 à l'issue d'une guerre qui a fait 30 000 morts, mais les deux pays ne tombent jamais d'accord à propos du sort de la région du Nagorny Karabakh. Des bombardements fusent encore très régulièrement. La Turquie, allié de l'Azerbaïdjan, a même clos sa frontière avec l'Arménie en 1993. L'Arménie n'a pas un casier historique des plus vierges, et traîne un passé conséquent.

Serge Sarkissian, président natif du Karabakh

Né à Stepanakert, "capitale" du Nagorny Karabakh, Sarkissian se dit prêt à combattre à nouveau l'Azerbaïdjan si nécessaire pour défendre sa région natale. Or, si un semblant de procédé démocratique semble se dessiner, c'est parce qu'il a annoncé qu'il souhaitait « privilégier avant tout les négociations avec Bakou afin de trouver une solution pacifique. » La déclaration n'est pas tout à fait fondée puisque la lutte de ce dernier s'est, le plus souvent, révélée armée. Ancien chef des forces séparatistes de sa région, Sarkissian devient un proche de Robert Kotcharian, lui aussi dirigeant de la lutte armée et futur président arménien. Il deviendra son plus proche allié, et obtiendra cette réputation de « faucon ». La paix et la démocratie ne sont pas encore choses sures pour un pays aussi instable, et enclavé dans un carrefour de civilisations, de divergences politiques comme historiques.

Un peuple loin de l'épanouissement

Les conditions de vie sont déplorables en Arménie. Le Wall Street Journal a beau placer le pays au 38ème rang dans son classement annuel mondial, le quotidien des citoyens ne devrait pas s'améliorer pour cette nouvelle année. Les prochaines étapes pour 2013 ne sont autres que l'alourdissement des impôts, la chute de la devise nationale (le dram), ou encore l'augmentation du chômage. 34 personnes sur 100 sont pauvres en Arménie. Seules 10,3% se disent satisfaites, contre 49% qui déclarent avoir « du mal à s'en sortir ». Et les inégalités règnent, car une infime partie de la population, soit 10%, en profite. Les hommes d'affaires, les banquiers liés au pouvoir et les hauts fonctionnaires vivent au-dessus de la moyenne, sans scrupule, en Arménie. Si la démocratie est chose espérée pour cette nouvelle élection, tout n'est pas encore rose pour l'Arménie.



Rédactrice pour Le Journal International, étudiante en 3ème année de journalisme à l'ISCPA. En savoir plus sur cet auteur