Danemark : découvrez le « journalisme constructif »

2 Février 2014


Entre les murs de la prestigieuse Danish School of Media and Journalism, Cathrine Gyldensted propose de transmettre les clés d’un nouveau style de journalisme. Nouvelles visions de la profession et rénovation dans le domaine de l’information, il est temps de penser à un « journalisme constructif ».


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Tout juste un an après la première session du Constructive News course (formation au Journalisme Constructif), Cathrine Gyldensted, ancienne journaliste d’investigation à la télévision publique danoise, et maintenant formatrice et spécialiste du « journalisme constructif », se félicite du succès de la formation. Une formation à guichets fermés qui attire des journalistes en activité dont la plupart signent pour des journaux régionaux danois. « L’objectif est de bâtir des compétences et de sensibiliser la profession. Et enfin, de favoriser un traitement plus solide et constructif de l’information », confie Cathrine. Durant trois jours, les participants sont donc invités à remettre en question leurs méthodes, parfois trop mécaniques, de recherche et de transmission de l’information.

De la psychologie positive au journalisme constructif

L’idée lui vient lorsque qu’elle rentre dans son pays natal. Après un an d’étude en psychologie positive aux Etats-Unis, Cathrine tente de faire la synthèse de sa discipline et du journalisme. Elle fait alors un constat implacable : « la profession de journaliste a souvent tendance à se fourvoyer en confondant esprit critique et approche systématiquement négative ». Jusqu’à ce qu’elle remarque que « les angles de tous les sujets sont négativement critiques ». Alors, elle se lance dans une initiative audacieuse pour promouvoir le « journalisme constructif », avec sa collègue Malene Bjerre, spécialiste des résolutions de conflits.

Face à tous les sceptiques qui associent « positif » à « naïf », elle déclare qu’« être plus constructif ne signifie pas perdre en crédibilité ». Bien au contraire. Etre positif, et donc constructif, c’est se placer aux antipodes de la naïveté. Le journaliste se doit de maîtriser parfaitement ses dossiers afin de mettre en lumière des projets innovants visant à générer des réponses concrètes aux problèmes du quotidien. Des inventeurs d’éoliennes volantes pour alimenter toute la planète, 10 000 Irlandais qui plantent 1 million d’arbres en 24 heures grâce au crowfunding… Oui, la planète foisonne de bonnes nouvelles ! Et contrairement aux idées reçues, ces informations intéressent.

Petit à petit, la Danoise impose le « journalisme constructif » qui amène avec lui un certain nombre de réponse à la question que les médias se posent. Pourquoi les lecteurs et les téléspectateurs se désintéressent tant de l’information ?

Les lecteurs, au cœur de l’information

Certains médias pensent que l’information se trouve dans une impasse. Aujourd’hui, le public s’est lassé de la manière négative de présenter l’actualité. Pourtant, si c’est le constat principal du « journalisme constructif », ce n’est pas le seul aux yeux de celle qui prône une rénovation dans la manière de traiter l’information. « Le journaliste ne doit pas oublier sa quête du sens de l’information et qu’il rend service à la communauté ». Le journaliste constructif se doit donc d’intégrer davantage, dans le sujet traité, le lecteur, trop souvent réduit à une impuissance devant des articles qui le dépassent.

Pendant que le journalisme positif prend doucement racine au Danemark, Cathrine Gyldensted rêve déjà d’imposer le « journalisme constructif » dans les cursus de journalisme. Sa finalité : s’ancrer durablement dans les rédactions pour pérenniser la rénovation de l’information. Mais qui dit rénovation, dit remise en question des méthodes actuelles. Alors, si la spécialiste fait déjà réfléchir les autres pays du monde comme l’Angleterre et l’Inde, séduits par ce nouveau courant, il faudra, semble-t-il, attendre encore un peu avant que les colonnes des journaux, les chroniques des radios et les reportages TV ne fourmillent d’idées positives.



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