Des hommes sans lois : une histoire familiale durant la prohibition

18 Septembre 2012


Mercredi dernier est sorti sur nos écrans Des hommes sans lois, de John Hillcoat. Le Journal International est allé voir ce western au temps de la prohibition. Retour sur une histoire familiale.


Dans le comté de Franklin, en Virginie, les frères Bondurant sont des Bootleggers, c'est-à-dire fabricants d'alcool. Composé de Forrest, le chef de clan (Tom Hardy, magistral), d'Howard (Jason Clarke) et de Jack (Shia LaBeouf), le benjamin, cette famille soit disant « indestructible » verra arriver des problèmes provenant de la ville et jusqu'alors inconnu dans ce paisible coin de l'Amérique profonde. Entre Jack qui rêve d'étendre le petit empire familial, de costumes trois pièces et de mitraillettes et l'arrivée d'un nouveau procureur cupide (et de son agent fédéral sadique), Forrest devra lutter pour protéger sa famille face aux nouvelles règles énoncées par Chicago, difficilement applicables aux « bouseux » de Franklin.


Le réalisateur de La Route, John Hillcoat, s'est ici lancé dans un genre désormais classique du cinéma américain: le film de gangster. Les Incorruptibles, le Scarface d'Howard Hawks ou encore la récente série d'HBO Boardwalk Empire... Tous relatent l'époque bénie (ou pas) de la prohibition, où la crise financière touchait les foyers pendant que de petits malfrats en tiraient profit, devenant pour certain de véritable légende...


Avec un casting époustouflant, Des hommes sans lois n'a pourtant pas réussi à séduire le jury du festival de Cannes. Cependant, en adaptant le roman de Matt Bondurant, petit fils de Jack, le réalisateur a su transposer une époque connue mais d'un point de vue original: la profonde campagne américaine, où les habitants font fi des lois. Car si l'alcool déferlait à flot dans les grandes villes, peu de films relatent le rôle des campagnes dans l'approvisionnement illicite de ses bars. A travers ce film, John Hillcoat entreprend de montrer le « moment historique précis où le western finit et où le film de gangsters commence ». Car oui, c'est un film de gangsters, mais également un western. Gary Oldman joue ici le gangster de Chicago, tandis que Tom Hardy interprète un rural imposant ne se pliant pas aux lois qu'on lui dicte. Il affirme également que son personnage « n'est pas machiste, la virilité du héros tient plutôt au fait qu'il est un matriarche ». Shia LeBeouf campe cette rupture entre une époque révolue et une ère nouvelle, celle de l'argent facile et de la vie souvent écourtée par un balle entre les deux yeux.


Des hommes sans loi attire par cette fratrie vivant sous le même toit. La prohibition est donc la toile de fond retraçant d'abord l'histoire d'une famille aux opinions opposées, contrainte de sortir de sa tranquillité quotidienne pour faire face à un Charlie Rakes (Guy Pearce) résolument déterminé à faire plier les Bondurant. Paradoxalement, c'est le rôle de Guy Pearce qui fait office de personnage cruel au regard sans vie, pourtant représentant de la loi. Un film historique qui révèle un parallèle avec notre situation économique actuelle. A voir !




ex-Rédacteur en chef du Journal International, accro à l'histoire des monarchies européennes, aux… En savoir plus sur cet auteur