Discrimination envers les travailleurs immigrés : où est notre humanité ?

Quincy de Neve, traduit par Solweig Ogereau
4 Juin 2015


Selon le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon, la discrimination envers les travailleurs immigrés serait sans doute l’un des problèmes non-résolus qui a souvent été source de conflit entre deux pays. Il y a toujours beaucoup de travailleurs immigrés qui vivent dans des conditions difficiles et sous le seuil de pauvreté. Les gouvernements des pays d’origine et d’accueil de ces travailleurs sont-ils en mesure de résoudre ces problèmes et surtout de fournir une protection à ces employés ?


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La principale raison pour laquelle ces travailleurs cherchent du travail à l’étranger est qu’il n’y a pas assez d’opportunités dans leur propre pays. En Asie du Sud-Est, l’Indonésie et les Philippines sont notamment bien connus comme étant les pays qui envoient le plus grand nombre de travailleurs immigrés vers des pays d’Asie plus développés, ainsi que dans le Moyen-Orient. Envoyer des employés à l’étranger est, apparemment, un commerce très lucratif, c’est pourquoi les travailleurs font souvent l’objet de trafic de personnes, un crime organisé transnational qui représente des milliards de dollars. Les agences, qu’il s’agisse de celles des pays d’envoi ou de celles des pays d’accueil, prennent d’importantes commissions lorsqu’elles fournissent de la main-d’œuvre à des foyers ou des entreprises.

Les commissions sont directement déduites des salaires des travailleurs, qui doivent payer chaque mois un acompte aux agences jusqu’à ce que leur dette soit remboursée. Dans la mesure où l’objectif principal de ces agences est le profit, elles négligent l’importance de former convenablement les employés avant de les envoyer à l’étranger.

Beaucoup d’incidents impliquant de la violence physique de la part de l’employeur sont tout simplement causés par la barrière de la langue. Sans une véritable formation, ces employés ne seront pas seulement confrontés à l’obstacle linguistique, ils n’auront pas non plus les connaissances que leur fonction implique. Il existe un certain nombre de cas de travailleurs indonésiens poursuivis en justice pour avoir commis des crimes dans le pays d’accueil.

L’homicide est l’accusation à laquelle les employés indonésiens répondent le plus souvent.  Des années de maltraitance et de discrimination de la part de leur employeur ont fait d’eux des individus déchaînés qui saisissent l’occasion de se libérer d’une autre torture. Ils savent que les conséquences seront sévères, qu’ils risquent la prison à vie ou la peine de mort, mais ils le font parce qu’ils ne voient pas d’autre moyen de survivre.

Les travailleurs immigrés ont des droits comme tout être humain

On estime que le gouvernement devrait jouer un rôle majeur en ce qui concerne le soutien et la protection des travailleurs immigrés indonésiens dans leur pays d’accueil. Malgré le fait que le cadre juridique pour les protéger existe, la mise en œuvre est très faible. La discrimination envers les travailleurs immigrés n’est pas ressentie qu’à l’étranger, elle est aussi perceptible dans leur pays d’origine. 

Le cas de Yuni Rahayu montre parfaitement que les travailleurs immigrés ne reçoivent aucune protection du gouvernement. Yuni était supposée être envoyée à Hong Kong, cependant l’agence l’a dénoncée à la police pour détournement de fonds. L’agence a accusé Yuni d’avoir négligé sa formation et elle doit maintenant prendre en charge les dépenses encourues par cette dernière. Le gouvernement refuse de s’impliquer dans l’affaire, et maintient qu’il a fait preuve de diligence raisonnable et que l’affaire ne regarde que l’employée et l’agence. 

Un témoignage d’Ida, une indonésienne qui travaillait auparavant à la Mecque, en Arabie Saoudite, démontre également le manque de protection gouvernementale. « J’ai travaillé de toutes mes forces 24 heures par jour sans le moindre congé. Après deux mois de travail, la torture et la violence ont commencé. J’étais frappée, brûlée avec un fer à repasser, arrosée d’eau bouillante, je recevais des coups de pied, j’étais violentée verbalement et sexuellement. Mon patron ne me donnait pas à manger, je ne pouvais communiquer avec personne. Il faisait tout cela simplement parce que je ne faisais pas assez bien mon travail dans la cuisine. » Heureusement, Ida a réussi à rentrer en Indonésie, mais il semble que l’expérience ne l’ait pas traumatisée puisqu’elle est toujours décidée à retourner travailler dans un autre pays si elle en a l’opportunité. 

La loi sur les protections déclare que les travailleurs immigrés qui sont employés à l’étranger devraient recevoir une protection non-discriminatoire. La loi garantit les droits des travailleurs immigrés lorsqu’ils sont poursuivis en justice, et que le gouvernement doit fournir une aide légale pour les défendre. Les agences qui envoient ces employés à l’étranger sont obligées de les former et de soumettre des rapports réguliers au gouvernement au sujet de leurs activités. La protection devrait commencer dans le pays d’origine, en poursuivant en justice les agences qui n’ont pas de licence, envoient les travailleurs à l’étranger sans réelle formation ou pratiquent le trafic de personnes.