Élection en Malaisie sous tension ethnique, politique et religieuse

Laurent Lacas (Blog sur la politique internationale)
25 Mai 2013


Le 5 mai dernier, 85 % de la population malaisienne admissible s’est présentée aux élections législatives historiques qui mettaient en péril la coalition Barisan National, dirigée par Najib Razak, au pouvoir depuis 1970.


Malaysia's Prime Minister Najib Razak (second from left) celebrates his victory with a prayer on election day in Kuala Lumpur, Malaysia. Photo -- Nicky Loh/Getty Images
La coalition de trois partis, dominée par l’Organisation unifiée malaise (Umno), est ressortie encore une fois affaiblie de sa confrontation avec la coalition adverse. Le Pakatan Rakyat et son chef, l’ancien ministre des Finances Anwar Ibrahim, avaient en effet déjà subtilisé en 2008 la majorité absolue dont jouissait le premier ministre Najib. Aujourd’hui, les résultats sont contestés, les allégations de fraude électorale sont nombreuses et Najib Razak doit faire face aux promesses de réformes données.

Cette « défaite » électorale est particulièrement lourde à porter puisque la coalition de M. Najib disposait de moyens financiers considérables et de l’appui massif des médias contrôlés par l’État. Les allégations de corruption pesant sur le gouvernement ainsi que les limitations imposées à la liberté de presse ont assurément diminué les appuis dont jouissait le gouvernement Najib. Sans compter les politiques de discrimination positive avantageant les Malais, par rapport aux minorités chinoises et indiennes, qui ont plombé les chances du Barisan National de conserver tous les leviers du pouvoir.

En mai 1969, à la suite de violentes émeutes contre la mainmise de la minorité chinoise sur l’économie nationale malaisienne, la Malaisie traverse une période de transition portant au pouvoir le parti de Najib Razak. (alors dirigé par Tun Abdul Razak) La peur des conflits ethniques entre la majorité malaise musulmane et les minorités chinoise et indienne a permis la mise en place d’une nouvelle politique économique (NEP) reconnaissant l’importance des citoyens malais dans leur économie. De nombreuses politiques de discrimination positives (quotas dans les universités, réductions gouvernementales sur le prix des maisons, favoritisme dans la fonction publique, etc.) ont été alors mises en place de façon à permettre aux Malais de contrôler 30 % de leur économie d’ici 1990. Au fil du temps, cette façon de percevoir les différentes communautés ethniques peuplant la Malaisie a laissé de lourdes traces. Les communautés indiennes et chinoises sont parfois considérées comme des citoyens de second ordre et s’intègrent difficilement au reste de la population. Aujourd’hui, cette pratique est remise en question par l’importante population urbaine qui ne sent plus l’utilité de ces politiques, mais aussi par l’exil persistant des Chinois et Indiens qui quittent le pays, faute d’opportunités.

Élections : y trouve-t-on un réel gagnant ?

La trame de fond des élections était donc à la fois ethnique, politique et religieuse. La confrontation entre l’étoile montante Anwar Ibrahim et le vieux routier Najib Razak promettait des résultats serrés et les risques de défaite du Barisan National étaient bien présents. La coalition ressort politiquement affaiblie des élections avec 133 sièges récoltés sur les 222 en jeu alors qu’elle en avait remporté 140 lors des élections générales de 2008. C’est en courtisant l’électorat des régions rurales, en promettant de grandes réformes, et possiblement par quelques manigances électorales, que M. Najib a réussi à se maintenir au pouvoir. Les allégations fraude électorales pesant sur le Barisan National ont déjà réuni plus de 40 000 opposants à Kuala Lumpur trois jours après les élections. Les demandes de réformes en ce qui a trait au processus politique, au contrôle des médias et à la place des minorités dans l’économie, se font de plus en plus pressantes.

Sur ce dernier point, en attribuant sa « défaite » au « tsunami chinois », le premier ministre ferme les yeux sur tous les enjeux dépassant les rivalités ethniques entre les Malais (60 % de la population) et les Chinois (25 % de la population), en plus d’attiser ces mêmes rivalités. À l’intérieur même de la coalition gouvernementale, la place de Najib Razak est compromise. En récoltant seulement 47 % du vote populaire, celui-ci ne garantit pas sa place comme leader du Barisan National. La pression monte en Malaisie et des changements profonds se font attendre.