Immigration: une question cruciale

Louise Eymard, traduit par Lisa d’Alfonso
8 Juin 2015


Le Paris International Model United Nations (PIMUN) s’est tenu à La Sorbonne à Paris durant les deux derniers jours de mai, et a rassemblé plus de 800 étudiants du monde entier. Parmi les nombreuses commissions, le Conseil européen a fait l’objet d’un véritable débat qui a amené des propositions réalistes et innovantes. Les délégués européens ont choisi de traiter le deuxième sujet qui leur a été proposé : « la participation et la répartition de l’engagement dans l’opération Triton de FRONTEX ». Ce choix face à l’autre thème – l’augmentation de la décentralisation en Europe – est intéressant : pour bien des pays représentés, la question de la migration est cruciale, si on prend en compte les événements récents : des milliers de migrants sont décédés lors de leur traversée de la Méditerranée ces dernières années.


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Jetons un œil au cœur du débat. Trois points majeurs ont été abordés : tout d’abord, la proposition d’un accord bilatéral avec les États africains, puis le budget accordé à FRONTEX, et enfin – probablement le sujet le plus épineux – la définition précise des objectifs visés lors de l’opération Triton.

Les événements tels que le PIMUN, ou les Model United Nations (MUN) en général, rencontrent parfois des obstacles comme le manque de diversité dans les prises de position ou les idées, ou encore le risque d’une alliance systématique entre étudiants bien souvent de filières identiques, même s’ils sont originaires de différents pays. Ainsi, les MUN apprennent qu’un bon diplomate, et donc un bon délégué, parvient à faire des concessions pour défendre les intérêts spécifiques de son pays. Il était donc frappant de constater que le débat du Conseil européen était loin d’aboutir à quelque chose de consensuel et réducteur : au contraire, les positions prises par les différents pays incitaient fortement à la réflexion.

Pour donner un exemple, sur la question de l’accord bilatéral au Conseil européen, la Suède ainsi que d’autres pays scandinaves ont défendu l’idée d’une opération humanitaire dans les pays touchés par l’émigration de masse en Méditerranée. L’Espagne, de son côté, a refusé d’y prendre part. En revanche, la Hongrie et la Pologne ont soufflé une idée originale : combiner l’action humanitaire à l’intelligence de ces pays pour couper le flux de migrants. Malgré les quelques propositions peu réalistes, de nombreux délégués ont véritablement fait progresser le débat.

Les délégués revoient leurs résolutions
Les deux documents de travail préparés par la Suède et l’Espagne ont représenté les deux alliances formées durant la commission, chacune dirigée par l’un des deux pays.

La Suède a suggéré de mener une opération humanitaire dans les pays concernés, et de réformer les institutions en place pour la mener à bien. Selon le délégué espagnol interrogé, la proposition suédoise n’était pas assez réaliste : « ils ne s’appuient que sur les beaux principes humanitaires et ne prennent pas en compte la situation actuelle qui est dramatique », ce qui laisse entendre que le court terme – détruire les organisations de passeurs et empêcher les migrants de partir – prime sur le long terme – développer une action humanitaire dans ces pays pour permettre aux habitants d’accéder à un meilleur niveau de vie et de vouloir rester – à l’heure actuelle. Le délégué maltais a encouragé tous ses collègues à « ne pas confondre l’urgence et la précipitation ».

La question de l’immigration est tout compte fait extrêmement délicate : sauver les migrants est bien sûr une priorité, même si cela implique de régler le problème en éliminant leurs chances de quitter leurs terres et en les empêchant simplement de prendre la mer – idée proche de l’avis espagnol, suivi par la Hongrie –. Cependant, éthiquement parlant, le désespoir exprimé par les migrants qui tentent d’atteindre les rives européennes, malgré les risques, appelle à une solidarité internationale : c’est ce qu’on peut appeler « la coalition suédoise », comprenant les délégués suédois et leurs alliés scandinaves.

Selon le président Arthur Loréal, les problèmes débattus ont été divers et ne se sont pas seulement limités à FRONTEX. Cela démontre que la question cruciale de l’immigration va au-delà des restrictions établies, elle nécessite une réflexion éthique, mais aussi mondiale et internationale sur les droits de l’Homme qui sont en jeu. Toutes ses difficultés n’ont pas été surmontées, comme par exemple la question suivante : comment peut-on coopérer sur un tel problème avec des pays comme la Syrie ? À quelles conditions ? Et dans quelle mesure peut-on se permettre d’intervenir dans ces pays ? Le délégué maltais a qualifié le projet suédois de « néocolonialiste ». Néanmoins, il y a eu une profonde réflexion, les points de vue variés et de véritables prises de position, ce qui est suffisant pour reconnaître le succès de ce débat sur FRONTEX et l’émigration. Cette déclaration de la France permet de conclure sur une note pleine d’espoir : « la solidarité internationale doit être notre priorité ».