Jovanka Broz : la veuve de Tito sous les projecteurs

Rada Petrovic, traduit par Perrine Berthier
25 Septembre 2013


Jovanka Broz, autrefois première dame de Yougoslavie, vit aujourd’hui « comme les autres le veulent. » Après avoir vécu dans l'isolement le plus complet pendant de 30 ans, elle est apparue en public et sous l’œil des médias le 23 août 2013, à la sortie du centre des Urgences de Belgrade, où elle avait été hospitalisée.


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Plus de 30 ans après la mort de son époux, la veuve de Josip Broz Tito, Président des Républiques Fédérales Socialistes de Yougoslavie (RFSY), a vécu complètement isolée dans une villa délabrée de Belgrade. L’ancienne Première dame est devenue l'une des personnes les plus intrigantes de l’ancienne RFSY, même après plus de 30 années d’isolation, sa personnalité est toujours aussi mystérieuse. Elle se trouve au coeur de l’attention des médias de toutes les anciennes Républiques de Yougoslavie et au-delà, qui informent le public quotidiennement de ses conditions de santé.

Jovanka et Tito : un nouveau rôle dans l’histoire de la RFSY

En 1952, Jovanka Budisavljević est devenue la femme de Tito. Le début de leur vie commune et le façonnage du destin de la Yougoslavie apparaissent comme une sorte de légende, puisqu’il existe différentes versions relatant leur première rencontre. L’une d’entre elles, considérée comme la plus probable, raconte que Jovanka a été présentée à Tito par le ministre des Affaires Etrangères, Aleksandar Ranković, juste après la Seconde Guerre mondiale. Au milieu de cinq autres filles choisies (parmi une cinquantaine) pour travailler dans le cabinet de Tito, cette jeune partisane a retenu l'attention de Tito par sa beauté et sa personnalité, mais aussi grâce à des centres d’intérêts personnels communs. La vie idyllique du « camarade Tito » et de la « camarade Jovanka » dura jusqu’au réveil du printemps croate lors duquel leurs relations commencèrent à se détériorer.

Dès lors, elle a été victime de diverses manipulations et d’ambitieuses tentatives de la part d’autres hommes politiques afin de la séparer de Tito, lesquels l’accusaient d’être une espionne russe, de préparer un coup d’Etat et de vouloir prendre sa place. Les principales personnes responsables de leur séparation sont le ministre des Affaires Etrangères Stane Dolanc et le Général Nikola Ljubičić. Tito et Jovanka sont devenus très distants et ce fut lors de la réception du Premier ministre norvégien, en 1977, qu’ils sont apparus ensemble pour la dernière fois. L’été de la même année, Jovanka a été arrêtée dans des conditions suspicieuses et placée en résidence surveillée sans avoir été entendue et sans aucune explication officielle. Après cet évènement, elle n’a plus été aperçue en public. Les relations entre Tito et Jovanka sont alors devenues aussi froides que possible. Cela les a menés à l’épisode final de leur relation : n’avoir aucun contact pendant trois ans, jusqu’à la mort de Tito en 1980.

Pendant presque 30 ans, elle a vécu isolée, dans la pauvreté, sans aucune carte d’identité, ni passeport ou autres documents personnels, et sans aucun revenu. Elle refusait d’apparaître en public pendant la période d’emprisonnement forcé et a vécu de façon complètement anonyme, alors que ses droits humains et civils étaient bafoués, vivant emprisonnée sans aucune condamnation. En 2009, le ministre du Travail et de la Politique sociale du moment, Rasim Ljajić (aujourd’hui ministre du Commerce ational et international et des Télécommunications) et le ministre des Affaires Internes, Ivica Dačić (aujourd’hui Premier ministre), lui avaient rendu visite et lui avaient remis sa carte d’identité, son passeport, sa carte de sécurité sociale et ses autres documents personnels. Après leur visite, l’État a également reconstruit la villa délabrée qui tombait en ruine et était dépourvue d’électricité ou de chauffage à certaines périodes.

Le fardeau d’avoir été témoin de l’histoire yougoslave

Crédits photo -- novosti.rs
L’ancienne Première dame, admirée par de nombreuses personnalités, telle qu’Indira Gandhi, à qui Jovanka donna certaines de ses mémoires, ou Pierre Cardin, dont elle admirait la mode et dont elle portait les créations, reste un symbole. 

Toutefois, il semble qu’être le trésor de l’histoire d’après-guerre yougoslave n’a fait que compliquer sa vie, l’isolant totalement et la plaçant sous l’emprise des nombreux intérêts politiques qu’elle suscite. Aujourd’hui, elle est en colère contre l’Etat et le tribunal, même 33 après la mort de Tito, la procédure d’authentification de son héritage paraît interminable. Début 2013, sa villa a été cambriolée. Les voleurs y ont pris des courriers échangés avec des personnalités importantes, un vase Ming (cadeau de mariage de Mao Zedong), de l’argent et des bijoux ainsi que des notes personnelles. 

Toutes ces années d’isolement ont eu un impact négatif sur sa santé. Le 23 août 2013, Jovanka a été hospitalisée dans un état extrêmement grave et se trouve toujours en soins intensifs. Même quelques jours plus tard, elle était à moitié consciente et au bord de la septicémie. Cependant, toutes les informations délicates et les détails à propos de sa santé ont été annoncés par les autorités du Centre Clinique de Serbie. Le Commissaire pour l’Information de l’Importance Publique et de la Protection des Données Personnelles, Rodoljub Šabić a pris sa défense, déclarant que la révélation de telles informations violerait la loi. Il a rappelé aux autorités du CCS, que concernant la loi de la Protection des Données Personnelles, les détails délicats et les informations à propos de la condition des patients peuvent être révélés seulement avec leur consentement écrit.