La Chine enterre ses morts en ligne

7 Mars 2013


Étant donné le manque d’espace pour une population de plus en plus grandissante en Chine, voilà une mesure qui résout le problème : les enterrements sur internet. Solution écologique ou trop futuriste ?


La Chine, un monde dont les limites physiques s'opposent à la culture traditionnelle et aux rituels. Dans leurs villes qui ne dorment jamais et qui n'en finissent plus de grandir, il y a à peine de l'espace pour les vivants, et encore moins pour les morts. Afin d’éviter l’usage d’espaces urbains précieux pour les enterrements, l’État a rendu obligatoire la crémation des morts en 1985. Depuis, celui-ci encourage les gens à renoncer à leurs inhumations terrestres pour des pratiques alternatives, parmi lesquelles les enterrements en mer, en forêt, ou voire sur internet.

Cette pratique a amené de nombreuses controverses. Mais, comment ça marche ? Il s’agit des « sites-web de deuil », sur lesquels des personnes peuvent créer une page consacrée à un décès. Des clients peuvent simuler les actes d’offrande en faisant glisser des fleurs, de l’encens, des bougies, du thé, (etc.) virtuels avec leurs souris. Les pages présentent également des photos, des prières offertes, des histoires qui se manifestent sous des formes multimédias.

En 2007, il y avait plus de 30 « sites-web de deuil » en Chine. Parmi lesquels, le site Netor qui a reçu plus de 6 millions de posts dans ses six premières années d’existence.

Zhu Yong, un chercheur au Ministère des Affaires civiles de Chine a fait l’éloge de cette pratique : « Les enterrements virtuels peuvent éviter le gaspillage de ressources naturelles et facilitent les efforts des gens de commémorer les décédés. Il me paraît être le futur écologique des funérailles. »

Pourtant, beaucoup de Chinois s’opposent à cette idée. D’abord, ils ne considèrent pas internet comme un espace respectueux pour se souvenir des morts. C’est complètement contre la philosophie chinoise de « trouver le paix en restant dans un espace éternel ». En plus, cela ne permet plus aux familles de pratiquer la cérémonie de QingMing, une célébration annuelle où l’on visite des sépultures.

Dans ce cas, internet rencontre les contraintes de la modernité, les gens vivent dans un espace temporel où quelques pixels ne suffisent pas à représenter des milliers d’années d’histoire de tradition.



Rédactrice au sein du Journal International depuis 2012, je suis une étudiante canadienne en… En savoir plus sur cet auteur