Le « Call-Box », une activité en plein essor au Cameroun

12 Novembre 2012


Il est une activité économique qui connait un progrès remarquable au Cameroun : le « Call-Box ». Relevant du secteur informel, cette activité est devenue pour beaucoup de jeunes camerounais une source de gain et de survie, mais aussi un emploi.


Quiconque arrive pour la première fois au Cameroun, en circulant dans la ville de Douala par exemple, ne manquera pas de remarquer la présence, en bordure de routes et de carrefours, des petites table-comptoirs munies de parasols portant des prix, et derrière lesquelles de jeunes gens sont assis. Ce sont ce qu’on appelle au Cameroun les « Call-Box ». Il s’agit de cabines téléphoniques miniature où se pratiquent les appels sur téléphones mobiles. Elles ont vu le jour au Cameroun il y a une décennie, dans la deuxième moitié des années 1990, plus précisément au moment où arrivait le téléphone portable dans ce pays. Aujourd’hui, cette activité est devenue un phénomène au Cameroun. Elle s’observe dans toutes les grandes métropoles camerounaises, mais aussi en milieu rural. Ses pratiquants sont principalement des jeunes femmes, bien qu’on y retrouve de plus en plus des jeunes hommes. Au Cameroun, on appelle les pratiquantes de cette activité les « Call-boxeuses », et les pratiquants, « Call-boxeurs ». Ces derniers temps, on observe au Cameroun les « Call-Box » ambulants. Il s’agit de jeunes gens munis de parapluies portant des prix et qui se baladent dans les villes.     

Pour pratiquer le « Call-box », on n’a point besoin de suivre une formation. Il faut juste un capital d’au moins 100 000 FCFA (152,5 Euros). Cette somme permet d’acheter au moins un téléphone, un parasol, une tablette et une chaise, des crédits de communication et des cartes de crédit téléphoniques. L’activité repose sur trois services principaux : les appels, les transferts de crédit et la vente des cartes de crédit. Les clients viennent en effet vers les « Call-Box » pour effectuer des appels sur des téléphones portables, ou pour que les pratiquants de l’activité leur fassent des transferts de crédit dans leur téléphone ou dans celui d’une autre personne. Les crédits ainsi que les cartes de crédit s’achètent auprès des opérateurs de la téléphonie au Cameroun qui sont : Orange, MTN, Camtel et Set Mobile.

Les transferts se font dès 250 FCFA (0,4 Euros). Le client qui sollicite un transfert peut avoir des bonus allant jusqu’à 10 % du montant du crédit transféré. Mais cela dépend du « Call-Box » vers lequel le client est allé solliciter le transfert. Toutefois, il demeure que plus le montant du transfert sollicité est élevé, plus on a de la chance d’avoir des bonus chez n’importe quel pratiquant du « Call-Box ».

Quant aux appels, les prix varient aussi, généralement en fonction des zones et des quartiers. Dans les quartiers résidentiels, administratifs et les centres-villes, la minute coûte jusqu’à 100 FCFA (0,15 Euros). Par contre, dans les périphéries et les zones à forte concentration de « Call-Box », le prix de la minute peut aller jusqu’à 25 FCFA (0,04 Euros). Il faut rappeler que quand le métier faisait ses débuts au Cameroun, la minute de l’appel coûtait jusqu’à 500 FCFA (0,77 Euros). Puis, il a baissé petit à petit pour atteindre les prix que nous connaissons aujourd’hui.

La vente des cartes de crédit quant à elle n’est pas assez pratiquée. Cela parce que les clients préfèrent les transferts qui leur permettent d’avoir des bonus qu’ils ne peuvent avoir lorsqu’ils achètent les cartes.

Duperies et risques du métier

Face à la rude concurrence qui gagne le métier, certains travailleurs du « Call-Box » jouent sur la psychologie des clients pour les attirer. Par exemple, un client peut, de loin, voir écrit en très gros caractère « 25 » et se dire qu’il pourra appeler à 25 FCFA la minute. Il va alors courir vers ce « Call-Box », appeler durant plusieurs minutes et voir que le montant de son appel est largement supérieur à ce qu’il attendait. C’est ainsi que la tenancière du « Call-Box » lui expliquera que « 25 » correspondait seulement au coût des trente premières secondes et qu’à partir de la trente unième minute, l’appel coûte 50 ou 75 FCFA, et 75 ou 100 FCFA à partir de la deuxième minute. Mais tous ces détails ne figurent qu’en très petit caractère sur le format indiquant le coût de l’appel.

Par ailleurs, les pratiquants du « Call-Box » sont aussi parfois victimes de leurs clients. On assiste souvent à des vols lors des transferts de crédit. Très souvent, cela se passe quand la « call-boxeuse » est distraite lorsqu’elle remet le téléphone au client pour qu’il insère son numéro. Il profite alors pour modifier et augmenter le montant du crédit qu’il a demandé à la tenancière du « Call-Box ». Les « Call-boxeuses » font aussi face à des problèmes comme des agressions nocturnes, des vols de téléphone et des cartes de crédit non valides. On note aussi la fuite inexpliquée des crédits dans les téléphones.

Face à la baisse des profits dans l’activité du « Call-Box », les « Call-Boxeuses » font dans la vente d’autres produits de consommation tout en pratiquant leur métier : bonbons, chips, caramels, chocolats, eau glacée, etc.  

Aux origines du phénomène

Les causes de la prolifération rapide du « Call-Box » sont le chômage et la pauvreté qui se généralisent au Cameroun. En effet, la crise économique qui s’empara du Cameroun à la fin des années 1980, née des programmes d’ajustement structurel, avait été lourde de conséquences pour les populations camerounaises. La compression du personnel dans les entreprises publiques et la dévaluation du Franc CFA avaient causé une pauvreté et un taux de chômage qui sont allés grandissant jusqu’à nos jours. Actuellement, selon les études de l’Institut National de la Statistique du Cameroun (INS), seulement 582 319 personnes ont un emploi salarié sur une population active de 13 millions (soit seulement 4,48 % de personnes ayant un emploi sur l’ensemble de la population active). La conséquence directe de ce chômage massif et aigu est la pauvreté. En 2001 déjà, l’indice de pauvreté au Cameroun était de 49,1 %.

Ainsi, pour trouver des moyens de survie, les populations se sont lancées dans des activités de toute sorte, principalement dans le secteur informel, afin de trouver de l’argent pour satisfaire leurs besoins essentiels (se nourrir, se loger, s’éduquer, etc.). De nos jours, 94 % de la population active au Cameroun travaille dans le secteur informel, dont 75 % de jeunes. En particulier dans les villes de Yaoundé et de Douala où se concentre le plus grand nombre de chômeurs. L’activité du « Call-Box » est devenue le dernier recours pour des jeunes sans emploi, à la recherche de moyens de survie pour satisfaire leurs besoins les plus élémentaires.

Si le phénomène « Call-Box » s’accroit aujourd’hui, ce n’est pas tant parce qu’il offre de grands bénéfices, mais parce qu’il offre aux jeunes désœuvrés une occupation dans un contexte de chômage chronique où il faut au moins faire quelque chose pour ne pas périr. C’est pourquoi, pour beaucoup d’acteurs de ce secteur, l’activité de « Call-Box » n’est qu’un métier provisoire, en attendant de trouver un emploi plus confortable. Toutefois, ce métier provisoire finit parfois par être définitif pour certains.



Correspondant à Douala, au Cameroun, pour Le Journal International. En savoir plus sur cet auteur