Le Père Noël vit-il vraiment en Laponie ? Révélations

24 Décembre 2013


La tradition du Père Noël trouve ses origines en Europe du Nord. Si les petits enfants occidentaux attendent impatiemment leurs cadeaux, sous réserve d’avoir été sages pendant l’année, ils sont bien loin d’imaginer que chaque année leurs parents s’affrontent sur la nationalité de Santa Claus et, surtout, sur la localisation de sa résidence principale.


Le Père Noël et Comète | Crédits -- santatelevision.com
A l'époque contemporaine, le Père Noël s’inspire de quatre personnages aux origines diverses. Le premier, néerlandais, n’est autre que le fameux Saint-Nicolas. Celui-ci, bien que populaire en Europe du Nord et de l’Est, sans oublier les régions de l’est français, est un personnage religieux ayant vécu en Turquie sous le nom de Nicolas de Myre. Protecteur des enfants et des plus démunis, Saint Nicolas est très populaire auprès de l’église chrétienne et la date de sa mort (le 6 décembre 343) est toujours célébrée en Europe. Ce premier exemple de « proto père Noël » témoigne de la dimension européenne et chrétienne de la célébration.

Le deuxième personnage qui a pu inspirer l’homme à la hotte, pourtant bien loin du premier, n’est autre que le Nisse ou Tomte, lutin scandinave, souvent représenté comme un petit homme âgé mesurant entre 10 cm et un mètre. Son activité principale ? Protéger les enfants des fermes pendant la nuit et veiller sur le sommeil des habitants. Bien qu’ayant une longue barbe blanche, il lui est possible de se transformer, voire de devenir invisible, d’engendrer des illusions si besoin est. Un avantage indéniable pour apporter les cadeaux comme le veut la tradition qu’il respecte lui-même chaque année pour la Midtvintersblot (journée du solstice d’hiver). Il va s’en dire que nos amis nordiques (Finlande, Suède, Danemark, Norvège) ne s’accordent pas sur la localisation de celui-ci, certains le situent au Groenland (Danemark) et d’autres en Laponie (Finlande).

Le troisième, plus original, est le dieu celte Gargan, amateur de femmes et bon vivant. Il est souvent décrit comme ayant un grand cœur, l’idée qu’il puisse inspirer le personnage contemporain repose surtout sur son apparence physique : des grosses bottes et une hotte remplie de cadeaux pour les enfants.

Enfin, le quatrième, n’est ni plus ni moins que le dieu viking Odin. Sa grande barbe blanche, sa tendance à se déplacer dans le ciel sur son cheval, Sleipnir, et sa capacité à tout voir, donc à tout savoir et, sa polymorphie, rappellent les caractéristiques du Père Noël.

Un personnage en apparence « européen », mais ses origines turques laissent à désirer pour le limiter à cet espace. Qui plus est, bien qu’ayant des racines chrétiennes, ses origines polythéistes laissent à penser qu’il serait injuste de le limiter à la chrétienté. Ainsi, aussi bien les pays de culture musulmane que ceux d’origine chrétienne peuvent revendiquer la présence du Père Noël sur leur territoire : d’un côté, les orthodoxes pour la Russie, les protestants et catholiques pour l’Europe de l’Ouest, mais aussi les Etats-Unis, le Canada et le Québec. De l’autre, la Turquie étant, après tout, le lieu de naissance du premier « proto père Noël ». Sans oublier les pays nordiques qui peuvent tous faire valoir leur droit en tant que terre d’origine du Père Noël. Il va s’en dire que la France pourrait également faire valoir son droit à mentionner le personnage comme résident potentiel du fait de ses origines celtes.

Le Père Noël pour la propagande

Nombreux sont ceux qui pensent à rappeler l’aspect « consumériste » de la tradition de Noël. Bien que n’étant pas la première publicité utilisant l’image du Père Noël, celle de Coca-Cola reste encore dans les esprits. La tradition occidentale qui veut qu’il distribue des cadeaux aux enfants (mais aussi aux plus grands) n’a pas éviter les divisions après la Seconde Guerre mondiale.

Pour sa distribution, il dispose d’un atelier de production, sorte d’usine contrôlée par les lutins (ce qui peut diverger selon les traditions) qui doivent répondre aux commandes qu’on leur passe et travailler dans le grand froid. Pour ce qui est des cadeaux, seul Papa Noël peut décider de qui et surtout, en quelle quantité sera disposé à recevoir ses présents.

Cette conception a donné des vertiges aux dirigeants soviétiques. D’un côté, la tradition de Noël, aux origines religieuses, ne pouvait pas rester en pratique sous l’époque communiste. Il est difficile d’envisager la continuité d’une pratique religieuse, sans oublier que nos fameux lutins, qui travaillent dans l’usine pour un Père Noël assis sur sa chaise, va à l’encontre du principe de la lutte pour la condition ouvrière. Face à ce constat, il fallait envisager « la suppression de Noël » en URSS. La notoriété de cette tradition auprès des enfants pouvait mener à une révolte, du moins à la pratique dissimulée (comme il était d’usage) pour le rétablissement des célébrations de Noël.

Les dirigeants soviétiques, dans l’impasse, trouvèrent une solution à cette question problématique : le Ded Moroz (Дед Мороз) ! Non sans ressembler à la version occidentale, « Ded Moroz » ou « Grand-père Gel » est une version laïcisé du Père Noël. Il apporte des cadeaux mais non-plus le 25 décembre, ni même le 6 décembre (jour de la Saint-Nicolas), mais au nouvel an civil, soit le 31 décembre au soir. Cette version plus « moderne » ou « édulcorée » selon les opinions, ne donne plus aux individus mais à des groupes de personnes (soviets locaux, comités d’entreprises, etc.) ce qui permet de limiter l’aspect individualiste. Par soucis de parité, il est accompagné de sa fille, Snegurochka (Снегурочка). Logiquement, celui-ci ne pouvant pas résider chez « l’ennemi capitaliste », sa résidence se trouve en Russie dans la ville de Veliki Oustioug, centre industriel important et réputé pour ses produits en bois.

Une version Moldave de Ded Moroz, connu sous le nom de « Mos Gerila » (père Dugel) défend les mêmes principes que la version russe et réside dans la forêt de Cordu. Ce personnage permettant de rapprocher sa personnalité laïque de la Roumanie et de la Moldavie, Etats à la politique singulière en URSS et traditionnellement attachés au culte orthodoxe.

L’Amérique du Nord et l’Europe de l’Ouest n’eurent de cesse d’user du Père Noël pour défendre leur position plus « libérale ». Noël symbolisant, à bien des égards, la société de consommation et la prospérité des économies occidentales en plein développement dans l’après-guerre.

Noël devient l’incarnation par excellence d’un monde occidental où les plus chanceux sont ceux qui reçoivent « le plus de jouets » et qui affiche clairement l’idée de récompense individuelle. La fameuse image du Père Noël de Coca-Cola, ancrée comme lieu commun dans nos sociétés, remonte à 1931, bien avant le début de la Guerre froide. Rappelant que ce cher Papa Noël, bien avant la confrontation entre les deux grandes puissances, servait déjà d’argument de vente et jouissait d’une bonne image. Il va s’en dire que pour les Américains, le Père Noël dispose d’une résidence officielle au Pôle Nord où, dans le pire des cas, au Canada ou en Europe du Nord.

Crédits -- AFP

Un citoyen du monde avec résidence fixe ?

La fin de la Guerre froide ne mettra pas un terme à la question épineuse de la localisation du Père Noël. Chaque pays semble avoir son idée sur la question : la Norvège situe sa résidence principale au sud d’Oslo, vers Drobak. Non sans énerver les Suédois qui la positionnent au nord de Stockholm, vers Gesunda. Le Danemark, dans un esprit de compétition récurrent avec la Suède, considère qu’il serait plus logique de la situer au Groenland (territoire qui appartient au Danemark). La Finlande, comme pour témoigner des divisions propre à l’Europe du Nord, affirme que celui-ci habiterait à Rovaniemi, en Laponie.

Si le débat semble bon enfant, il n’en est rien. Pour les pays d’Europe du Nord, disposer du Père Noël sur son sol national relève à la fois d’un esprit de compétition et d’une source de revenus non négligeables. La ville de Rovaniemi en Finlande, où a été construit le fameux village du Père Noël, attire des touristes du monde entier, propose un ensemble de distractions (traineau tiré par des rennes, motos neiges, bar de glace), possibilité de logement, de restauration et nombre de magasins pour faire du shopping une fois sur place. Depuis sa création, le nombre de touriste n’a de cesse d’augmenter et de rapporter des revenus considérables à cette région en plein essor.

Une situation qui n’est pas sans déranger les Etats-Unis, la Russie, le Canada et le Québec qui, tous les 4, boudent cette localisation pourtant prisée par les Anglais et les Allemands. Une attitude qui relève à la fois de l’historique et du pragmatisme pur dans la mesure où les Etats-Unis et le Canada, par soucis de proximité, considèrent que Santa Claus réside au Pôle Nord. Le Québec, dont les tendances indépendantistes sont bien connues, n’aurait rien contre le fait d’avoir un Père Noël francophone en Amérique du Nord et, surtout, les revenus du tourisme qui vont avec. Non sans faire écho à la célèbre chanson « le Père Noël est un Québécois » et au précédent historique de 1953 où Real Rousseau et Jacques Melchers avaient construit, à Val David (Québec), une résidence qui avait jouit d’un certain succès médiatique et touristique au moment de son ouverture.

Qu’à cela ne tienne, fort de leur pragmatisme légendaire, les Finlandais vous diront que Rovaniemi semble être la localisation la plus logique. Le Pôle Nord étant trop froid pour que les rennes puissent survivre, nul doute que les arguments américains et canadiens ne peuvent tenir. Pour ce qui est du Québec et de la Turquie qui, après tout, dispose des reliques de Saint Nicolas, c’est une toute autre histoire.



Jeune chercheur européen passant la majorité de son temps libre entre les bibliothèques et les… En savoir plus sur cet auteur