Pénurie d'eau : un jeune ingénieur palestinien au secours de Gaza

Yohan Demeure
20 Juillet 2015


L’unique source d’eau potable de la bande de Gaza est aujourd’hui polluée. Un ingénieur palestinien a mis au point une solution pour sauver la santé de la population de l’enclave toujours administrée par le Hamas.


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« Dans cinq ans, il n’y aura plus d’eau potable à Gaza » selon l’ONU.

La bande de Gaza et ses 1,8 million d’habitants sont frappés par une pénurie d’eau chronique, tout comme les pays voisins. Le territoire de Gaza y fait face avec de sévères difficultés, affaibli par le conflit avec Israël et assujetti à une pression démographique préoccupante. Chaque année, la population de la bande de Gaza utilise 180 millions de m3 d’eau (dont la moitié pour les besoins de l’agriculture et de l’industrie), mais il semble que la situation empire d’année en année.

L’unique source d’eau potable est aujourd’hui de plus en plus polluée. La nappe phréatique de Gaza est non seulement surexploitée, mais également souillée par des bactéries d’origine fécale et des produits chimiques variés. La consommation de l’eau s’avère de plus en plus impropre alors que le taux de salinité de l’eau est si fort qu’il devient impossible de prendre une douche, et encore moins de l’utiliser pour boire.

L’Autorité Palestinienne de l’Eau  (PWA) estime que la nappe phréatique alimentant Gaza en eau sera « à 97 % polluée et dangereuse à la consommation » d’ici à un an, et selon Robert Turner, directeur du programme de l’ONU à Gaza, l’enclave « ne sera plus vivable » dans les cinq années à venir. En effet, la population augmentera d’environ 500 000 habitants durant cette période, soit d’un peu moins d’un tiers de la population actuelle.

Une aggravation de la situation est survenue lors de la reprise des affrontements avec Israël durant l’été 2014  (2200 Palestiniens tués). Depuis quelques années, Israël applique une gestion de l’eau inéquitable  avec ses voisins, dans cette zone où justement, une coopération régionale permettrait d’alimenter toute la population en eau saine.

L’innovation d’un chercheur

L’initiative de Dia Abou Aassi fait figure de dernière chance pour sauver Gaza d’un véritable désastre humanitaire. L’ingénieur est soutenu financièrement par l’Université islamique de Gaza  proche du Hamas et reçoit la participation d’un centre de recherche d’Oman.

Au cœur de l’invention : les nanotechnologies. Seulement, être citoyen gazaoui est contraignant administrativement, même lorsque l’on est brillant. En effet, la bande de Gaza faisant l’objet d’un blocus depuis près d’une décennie, Dia Abou Aassi n’avait malheureusement pu obtenir, il y a peu, un bon de sortie du territoire pour se rendre à Ramallah (Cisjordanie) pour présenter son invention lors d’un forum international.

L’objectif du jeune ingénieur est de « sauver Gaza du désastre annoncé pour 2020 ». Durant plus d’un an, Dia Abou Aassi a mené pas moins de 174 expériences pour arriver à un taux de salinité de l’eau convenable à la consommation. Les nanotechnologies permettent une ultrafiltration éliminant donc le sel, mais également les bactéries. Un travail d’assainissement qui pourrait traiter environ 1000 litres d’eau à la journée.

Malgré le caractère modeste de la capacité de traitement par rapport aux besoins de la population, le projet semble tout de même viable et ne demande qu’à être adapté à une plus large échelle. Les gazaouis ont d’abord besoin d’une usine de traitement de l’eau, mais cet investissement requiert la somme de 300 millions de dollars, cette dernière leur faisant actuellement défaut.