Pologne : l’ascension de Jaroslaw Gowin

9 Juillet 2013


« Nous avons oublié nos idéaux ». Cette phrase, prononcée par Jaroslaw Gowin au cours d'une intervention à la radio polonaise, résume à elle seule son projet pour Plateforme Civique (PO). Cet ancien ministre de la justice, limogé en mai dernier, se présente contre Donald Tusk à la présidence du parti de centre droit, actuellement première force politique en Pologne. Les enjeux ? La redéfinition de son programme, notamment sur les questions sociétales. Portrait et analyse.


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Un intellectuel et un homme politique catholique

Jaroslaw Gowin est né en 1961. Adhérent au syndicat Solidarnosc, il est diplômé de philosophie de l'université Jagiellone à Cracovie. Commentateur de l’œuvre du philosophe Joseph Tischner, qu'il a connu personnellement, il a été rédacteur en chef de la revue catholique Znak. Il entre au parlement polonais en 2005, en tant que député de Cracovie, ville dans laquelle il jouit d'une popularité indiscutable. Entre 2011 et 2013, il est ministre de la Justice. Il profite de son poste pour mener une série de vingt et une réformes du système judiciaire de son pays.
Ses positions conservatrices, qui tranchent dans une PO de plus en plus libérale sur les questions sociétales, comme l'union des homosexuels ou la fécondation in vitro, ont provoqué son exclusion du gouvernement en avril dernier. Le premier ministre et actuel président de PO, Donald Tusk, était lassé – selon ses propres mots – de « lui trouver une excuse chaque semaine ». En se présentant aux élections pour la présidence du parti – qui auront lieu en juillet -, Gowin prétend incarner l'aile conservatrice, et pourquoi pas, la porter au pouvoir.

Un conservateur dans un parti libéral

Vouloir doubler sur sa droite le tout puissant et encore populaire Donald Tusk ressemble à un péché d’orgueil. Malgré tout, Gowin a assuré au cours d'une interview donnée à Gazeta Wyborcza qu'il entrait en compétition pour gagner. Mais la PO qu'il entend représenter est-elle si différente de celle de Donald Tusk ? Sur les ondes de Polskie radio, il reproche à celui-ci d'avoir abandonné, à l'épreuve du pouvoir, les idéaux à l'origine de la fondation du parti en 2001. Fondamentalement, les deux programmes se ressemblent : atlantisme modéré, politique pro-européenne et libéralisme économique restent les piliers incontestés de la politique de PO. Gowin et Tusk ne sont cependant pas bonnet blanc et blanc bonnet. Sur les questions de société, tout les oppose.

Jaroslaw Gowin doit ainsi son exclusion du gouvernement à un dérapage au sujet de la normalisation de la fécondation in vitro en Pologne. Au sein même de PO, si ce point d’achoppement séduira peut-être le vote de la frange la plus à droite des adhérents, il reste bien peu d'arguments pour persuader les autres. L’orientation actuelle du parti, incarnée par Tusk, et au pouvoir depuis 2007, risque de passer pour une valeur sûre.

À l’échelle de l’électorat national, la situation est toute autre. Le gouvernement de M.Tusk est en baisse constante dans les sondages de popularité. Renouveler le visage de PO peut-il changer la donne ? Lui donner une orientation conservatrice pourrait attirer le vote des déçus de la droite conservatrice traditionnelle polonaise, incarnée par le parti Droit et justice (PiS). Un tel tournant serait, de plus, peu risqué. La frange la plus progressiste de PO n'aurait nul part où se réfugier, et certainement pas dans les bras de la gauche. Du fait de son passé et d'un électorat très fidélisé, elle est loin d'avoir la flexibilité idéologique nécessaire pour attirer les électeurs indécis.

Le duel entre MM. Gowin et Tusk est symptomatique de l'opposition grandissante entre conservateurs et progressistes au sein de PO. Libéral-conservateur à sa fondation, ce parti s'est largement déplacé à gauche sur les questions de sociétés, élargissant ainsi son électorat, mais provoquant l'agacement de sa droite. En février 2013, il avait ainsi connu un débat musclé sur l'adoption d'une forme d'union civile pour les couples homosexuels. Profitant de l'absence de consigne de vote, un peu moins d'un quart des députés, Gowin en tête, avaient désavoué leur propre gouvernement en rejoignant l’extrême droite pour faire tomber le projet. Pourtant il n'est pas question pour M. Gowin de provoquer une scission ni de créer son propre mouvement en cas de défaite. Comme il l'a déclaré, son objectif est de replacer le PO à droite autour du « conservatisme modéré, du libéralisme économique et de la défense de la propriété privée ». Il est convaincu que ses idées réintègreront l'idéologie officielle de son parti tôt ou tard, malgré sa position actuelle d'outsider. Les élections qui approchent diront si cela arrivera grâce à lui.



De nationalité Franco-Polonaise, je suis correspondant pour le Journal International à Varsovie,… En savoir plus sur cet auteur