Une « épidémie de suicides » frappe le Kazakhstan

La rédaction de FranceKoul
26 Juin 2013


Anna Kudiyarova, directrice de l’institut de Psychanalyse du Kazakhstan, affirme que l’état d’urgence devrait être déclaré dans le pays afin d’endiguer l’« épidémie de suicides » qui frappe les jeunes du pays.


Crédit Photo -- N.R.

Le Kazakhstan subit actuellement ce que la directrice de l’institut de Psychanalyse du Kazakhstan, Anna Kudiyarova, nomme une « épidémie de suicides ». Un nombre important de suicides frappe les Kazakhs de 15 à 30 ans, et la similarité du mode opératoire semble indiquer un lien entre ces actes désespérés : défenestrations, sauts depuis des emplacements élevés. On relève aussi de nombreux cas de doubles suicides, les deux personnes se tenant la main pendant le saut. Une connaissance d’une personne qui s'est donné la mort au cours d’un double suicide, affirme que les jeunes avaient prévu de se tuer ensemble, et faisaient partie d’une communauté de jeunes suicidaires sur Internet.

Nombreux sont ceux qui pensent au Kazakhstan que la médiatisation des suicides ne fait qu’aggraver les choses, car provoquant l’apparition de comportements mimétiques, dont l’ampleur laisse parfois penser à une tendance. Anna Kudiyarova ne partage pas cette opinion : « On ne saute pas d’un balcon parce qu’on a vu quelqu’un le faire à la télé » affirme-t-elle. « Seule une amélioration du suivi psychologique et un travail préventif à grande échelle permettra de gérer cette situation. »

Cela fait maintenant 13 ans que les activistes de la lutte contre le suicide demandent une présence accrue des psychologues au sein des établissements scolaires. « Oui, il y a des psychologues dans les écoles aujourd’hui, mais que peut faire un psychologue pour 500 élèves ? De plus, nous devons améliorer la formation des psychologues. La théorie n’est pas suffisante, ce travail requiert de l’expérience clinique », poursuit Kudiyarova.

Yelena Stankina, psychologue au département d’étude du suicide du Centre National d’Études psychiatriques et narcotiques (CNEPN), pense que l’attention excessive que portent les médias aux cas de suicides est néfaste. « Les programmes télévisés montrent souvent trop de détails, et expliquent trop précisément comment ces suicides sont commis, ils en deviennent de véritables manuels de suicide. Il ne faut pas montrer de pareilles choses au public. »

D’après elle, le CNEPN oeuvre intensément à la prévention des suicides, au travers de séminaires et de master classes. Stankina pense que chaque cas de suicide est différent, avec ses raisons et son histoire propre, présence ou non de pathologie psychologique ou de problèmes familiaux : « Tout dépend du caractère de la personne, de la manière dont elle réagit à ce qui lui arrive. On ne peut pas généraliser un cas. »

Le premier cas de double suicide date du 28 mai, quand deux adolescents ont sauté du toit d’un bâtiment de 12 étages à Almaty. Un événement similaire a eu lieu le 11 juin dans l’oblast de Karaganda, quand un couple a sauté de la fenêtre de leur appartement, situé au 5e étage. Le même jour, un jeune couple marié sautait du 5e étage d’un bâtiment à Aksu. La série continuait dès le lendemain, avec le suicide le 12 juin d’une adolescente de 15 ans, et plus tard dans la journée, celui d’une jeune femme après une dispute avec son mari, à Taldyqorghan. Le jour suivant, un homme s’est immolé par le feu avant de se jeter par la fenêtre de son appartement du 9e étage, pour des raisons inconnues.

Dans la même journée, deux jeunes hommes ont tenté de sauter du toit d’un bâtiment de 10 étages. Prévenue, la police a dépêché deux équipes de sauvetage, qui sont parvenues à dissuader les adolescents de faire le grand saut. Selon les témoins, les jeunes hommes ont passé près d’une heure sur le toit avant de redescendre. « Ils ont passé une heure à crier désespérément qu’ils n’avaient aucune raison de vivre, avant d’accepter de renoncer à se tuer » déclare un témoin.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, le Kazakhstan est le 3e pays du monde en termes de suicides commis par des jeunes, avec plus de 250 cas par an.