Virginité et mini-jupe : le roi du Swaziland a tous les droits

30 Janvier 2013


Organiser une manifestation géante de jeunes filles aux seins nus pour valoriser la virginité, et interdire le port de la mini-jupe pour faire baisser le taux de viol ? Bienvenue au Swaziland, où Mswati III, dernier des monarques africains absolus, dirige son peuple avec une originalité déconcertante.


Le roi Mswati III est a la tête d'une fortune estimée à 100 millions d'euros
Interdire le port de la mini-jupe, quel meilleur moyen de prévenir le viol ? Question risible, qui n'en demeure pas moins une réalité pour les habitantes du Swaziland. Ce petit pays enclavé d'Afrique du Sud vient de réhabiliter une loi de 1989, prohibant le port « de la mini jupe ou du pantalon taille basse ». Les autorités se défendent de tout argument sexiste : la décision est prise pour améliorer la vie des femmes : « le viol est facilité parce qu'il est facile de retirer la petite pièce de tissu portée par les femmes » expliquent-elles. Ainsi, les arguments de bas étage utilisés par les agresseurs sexuels du genre « elle l'a bien cherché en s'habillant comme ça » trouvent au Swaziland toute leur légitimité. Les récalcitrantes se verront infliger une amende de plus de 8000 euros, assortie d'une peine de 6 mois de prison.
Les femmes sont considérées comme responsables du viol, bien que Mswati III, unique dirigeant du pays, ait récemment signé une constitution stipulant l'égalité des sexes (malgré laquelle, les femmes n'ont toujours pas le droit de faire un emprunt bancaire ou de devenir prorpiétaire d'un bien immobilier). Dans un pays où le Roi a déjà 14 épouses à 46 ans, les droits des femmes ne semblent pas être la priorité. 

Un hymne à la virginité, chanté topless

Célébré chaque année, la Fête des Roseaux rassemble entre 30.000 et 80.000 filles vierges
Au Swaziland, il est interdit de faire la promotion de la contraception, du préservatif. Alors qu'un quart de la population est touché par le SIDA, la meilleure des protections pour les jeunes filles reste donc leur virginité. Une manifestation géante, ancrée dans les traditions du pays, se déroule chaque année : la « danse des roseaux ». Comprenez plusieurs dizaines de millers de jeunes filles vierges (qui varient entre 30 000 et 80 000 selon les sources) réunies pour danser, seins nus, devant le monarque. Eventuellement, ce dernier pourra en choisir une et lui faire l'honneur de devenir sa nouvelle femme. Les jeunes filles arrivent de tout le pays, en espérant être élues et vivre le reste de leur existence comme des reines. Car si le Roi est à la tête d'une fortune de plus de 100 millions d'euros (il est considéré comme plus riche que le roi du Maroc), plus des deux tiers de la population du pays ne mangent pas à sa faim. Le traitement réservé aux femmes du Roi (palais personnel, BMW, shopping de luxe...) apparait donc comme salutaire pour des jeunes filles issues de familles pauvres.

Et si le Roi préfère payer des festivités à quelques 13 millions d'euros (l'équivalent de 60% du budget santé) plutôt que d'aider à financer l'éducation, son entourage assure qu'il reste populaire. Difficile d'un autre côté d'entendre la contestation, quand les partis politiques y sont interdits depuis 2001.



Rédactrice pour Le Journal International, étudiante en journalisme à l'ISCPA. En savoir plus sur cet auteur