« De la Techno, pour l'amour de l'art » focus sur Deeplift

Propos recueillis par Lucie Jacquemet
8 Janvier 2013



Pour les amoureux du Djing, "Le Journal international" a rencontré Deeplift, un puriste de la musique électronique. Interview.


« De la Techno, pour l'amour de l'art » focus sur Deeplift
En cette fin d'année, les fans du vinyle attendent avec impatience de découvrir quelques «galettes» sous le sapin. Malgré le développement des nouvelles technologies en lien avec le Djing, le vinyle semble s'être reconverti comme un moyen de distinction pour ceux dont le souci est d'offrir une qualité intacte à leur public. L'éternel débat du « Real Djing » refait alors surface. Crise économique, choix de la facilité, nombreuses sont les raisons poussant les nouveaux arrivants à s'orienter vers des techniques de mix plus récentes, et plus accessibles à tous. On trouve alors d'un côté, les « positivistes », heureux que ce milieu s'ouvre enfin un peu, et puisse permettre à de jeunes passionnés de pouvoir s'exprimer librement et à un moindre coût, et de l'autre, ce que l'on pourrait nommer les « puristes », pour qui la qualité du mix, passe notamment par la technique, et ne doit pas être négligée.

Pour mieux comprendre cette vision particulière du Djing, perçu comme un art à part entière, "Le Journal international" a interviewé Deeplift. Dj, mais aussi producteur, il œuvre actuellement dans le milieu de la techno, où il a su se démarquer par quelques productions qui ont particulièrement attiré notre oreille. Influences oldschool, deep et industrielles, qu'il a su construire au fil de longues années d'écoute, il nous propose aujourd'hui, une vision de la techno très personnelle. Retour sur son parcours, du dubstep à la drum & bass, jusqu'à la techno, mélange d'influences, et vision spécifique.

JI : Tu es ce que l'on appelle un DJ-Producteur, tu ne t'arrêtes donc pas simplement au mix, tu composes toi même tes tracks. Penses-tu qu'il est aujourd'hui nécessaire de produire soi-même ses sons pour sortir du lot, étant donné la quantité de Djs dont on dispose en France ? Pourquoi ?

Deeplift : J'ai envie de te répondre par un oui massif. Beaucoup de Djs ont la chance de monter sur scène, et ne produisent pas leurs propres morceaux. L'avantage d'un DJ-producteur sur un 'simple' DJ, est qu'il peut jouer ses propres productions au milieu d'autres artistes, voire même, ne jouer que ses productions. Et ça, les organisateurs de soirées n'y sont pas indifférents, je pense. C'est tout de même plus agréable pour un organisateur de booker un DJ/producteur plutôt qu'un 'simple' DJ. Tout dépend évidemment des moyens dont dispose l'organisation, un DJ-producteur peut se permettre de demander un peu plus en termes de cachet, compte tenu de ses sorties et tout ce qui va avec.

JI : La techno n'a pas toujours été ton environnement musical, du moins on a pu t'écouter sous un autre nom, dans le Dubstep antérieurement. Qu'est-ce qui t'a amené à faire (ou refaire) de la techno ?

Deeplift : En effet, la techno n'a pas été mon environnement mais uniquement sur la production et le Djing. Depuis mes 10 ans, j'ai été bercé aux rythmes techno et hardcore. J'ai grandi avec du Carl Cox, du Laurent Garnier et les vieilles cassettes « N°1 Techno », « Techno.com ».... Puis j'ai découvert mes premiers albums de Thunderdome vers mes 12 ans. L'évolution s'est faite petit à petit, de nombreuses années sur le hardcore, puis la drum & bass. J'ai fait mes débuts dans la production, vers mes 18, 19 ans sur du hardcore. Un jour, j'ai découvert le Dubstep (mon premier morceau a été Bar 9 – Midnight) j'ai eu une sorte de révélation, et je me suis dit « je veux faire du dubstep ». The S.K. est né. C'était 4 ans en arrière. Les choses ont plutôt bien fonctionné jusqu'en 2012, avec mon pseudo TheSK, et mon alias de collaboration, avec Breaker Poker sous BPSK. Mais avec mon binôme, on se lassait un peu de la production, et des choses qui trainaient en longueur. On a donc décidé de faire un gros retour à nos racines, et on a fait nos essais sur la techno. On a trouvé notre nom de collaboration : Data Synchro. Pour ma part, j'ai décidé d'abandonner définitivement TheSK, le dubstep ayant perdu l'attrait que je lui trouvais au départ, et de ce fait, mon intérêt pour sa production, pour faire naître Deeplift, afin de garder un côté de production en solo.

L : Tu appartiens visiblement à ce que l'on appelle couramment dans le milieu, « les puristes ». Peux-tu nous expliquer ce qui définit un « puriste » ? Et pourquoi te classerais-tu dans cette tendance, cette idéologie de la musique ?

Deeplift : Oui, et c'est un côté que j'assume pleinement. Je n'ai pas vraiment de définition de puriste à donner. C'est plutôt quelque chose que certaines personnes qui sont amoureux de « l'avant » ressentent. Je suis pour l'évolution de la technologie, en revanche, je suis contre certaines évolutions de la musique, et ceci concerne essentiellement le Djing. Je le dis tout le temps par le biais des réseaux sociaux, ceux qui m'ont dans leurs contacts le savent (et certains en ont probablement marre de mes propos) : pour moi la musique est un art, et elle doit garder son aspect originel. Etant un gros amoureux du vinyle, j'ai été complètement contre le CD, mais au final, je trouve ça bien pour mixer, du moment que le DJ sait mixer correctement, avec ou sans ordinateur. Je suis souvent tombé en soirée sur des DJs qui se pointaient avec un contrôleur midi pour Traktor ou Serato ou alors des DJs avec un ordinateur et qui passaient une heure à regarder leur écran... Je trouve ça complètement inacceptable. Un DJ à la base, n'avait pas d'écran, mais deux platines vinyles et deux oreilles pour entendre le décalage et laissait vivre les morceaux. Maintenant, ils ont un simple bouton qui leur mâche tout le boulot, le fameux « sync », un écran qui indique absolument tout, et leurs yeux pour regarder si les morceaux se décalent. Ils changent de morceaux toutes les deux minutes, pour certains c'est une minute. Ce que je reproche dans ces utilisations, c'est le fait de dénaturer totalement l'art du Djing ! Maintenant, n'importe qui peut se dire « DJ », alors qu'ils n'ont pas la moindre idée de comment se lit un vinyle, ou de comment on cale correctement un disque. Au risque de m'attirer les foudres de quelques personnes, ces personnes-là font souvent l'apologie de l'évolution technologique. C'est un point non négligeable, mais le respect de l'art du Djing, ça ne leur parle pas beaucoup, en tout cas, telle est mon impression. C'est peut-être sectaire, mais j'assume pleinement ma position, et je remercie ceux qui soutiennent ce point de vue.

L : Parlons un peu de ton actualité, quels sont tes projets en cours, tes prochains lives, tes sorties à venir ?

Deeplift : Mes projets sont en plein boom en cette fin d'année. Il y a mon premier EP techno qui est prêt pour Black Pearl Music, qui est la « petite soeur » de Mekanism Recordings, avec un remix de Tom Cohen de ma track Stellar. Il y a ensuite l'avancement du label Datalab, avec mon binôme de Data Synchro. Le premier volume est prêt et c'est un EP de nous d'ailleurs, trois titres deep/dark. Le deuxième est en cours et fait intervenir Peppelino sur une track originale et trois remixes, un d'Alexey Kotlyar, un de Danley et nous-mêmes. Le troisième EP est enfin prêt il fera intervenir R. Cooper. Riven EP, aux côtés de beau monde, qui l'ont remixé, et qui est sorti il y a quelques jours sur DSR Digital. Une sortie aux côtés de Hubwar, où l'on a remixé une de ses tracks DnB en version deep techno, qui est sur un EP gratuit intitulé Back In Time EP, qui a pour but de rappeler les heures de gloire DnB et techno.

L : Ton EP est écoutable en « clip » sur ton soundcloud, on a une petite préférence pour ta track Stellar... Comment donnes-tu tes titres à tes morceaux ? Qu'est-ce qu'ils représentent ?

Deeplift : Je choisis les titres soit « au pif », comme j'aime le dire, soit, suite à des événements de ma vie, soit, vis-à-vis des ambiances qu'il y a dans la track. Pour Stellar, c'est l'ambiance qui m'y a fait penser, je trouve que la track a un esprit venant de l'espace surtout dans le break. Ca m'arrive de passer des heures à chercher un titre cohérent et qui peut « rester en tête » , mais ce n'est pas toujours simple. J'essaye juste de garder un minimum la cohérence entre l'esprit de la track et le titre, et après c'est tout bon pour moi.


« De la Techno, pour l'amour de l'art » focus sur Deeplift
L : Tu mènes parallèlement un projet en duo sous le nom de BPSK, peux-tu nous en dire deux mots, et en quoi il est différent de ton projet sous Deeplift ?

Deeplift : Oui, BPSK est encore un autre alias avec mon binôme de Data Synchro, mais pour notre partie dubstep/drum & bass. On a trois EP à notre actif. Le premier est sur Monkey Dub Recordings, sous notre nom Breaker Poker & The S.K avant notre fusion sous BPSK. Le deuxième EP est sur Dub Cartel qui s'intitule Dinos EP et le troisième est un EP sur Phucked Recordings avec une track en solo de ma part (TheSK - Blind) et une sous BPSK qui s'intitule Mushrooms. On avait en projet de faire un live set, mais la techno et le label nous prennent beaucoup de temps, du coup on se concentre vraiment sur la techno. Mais cela ne nous empêche pas de travailler quand même sous cet alias. On a une track, à l'écoute en ligne (BPSK – Mystical Castle) qui se fait remixer par Hubwar et Kuantum et devrait sortir pour début 2013.

 http://soundcloud.com/bpsk/bpsk-mystical-castle-160kbps
 http://soundcloud.com/hubwar/sets/hubwar-back-in-time-ep-free/s-dXRY6  


L : On a parfois l'occasion d'assister à tes mixs en live via Ustream. Est-ce qu'Internet, notamment par le biais du live « webcam » , représente une ressource non négligeable, pour toucher davantage de gens avec ta musique ?

Deeplift : Vue ma renommée interplanétaire (on a bien le droit de rêver un peu !), non ça n'a pas vraiment d'impact. Je fais surtout mes sessions Ustream pour mes potes et les gens qui suivent mon actualité musicale, afin de leur présenter mes coups de cœur et les sorties qui sont prévues, que ce soit Deeplift, Data Synchro ou les artistes présents sur Datalab. Après, c'est toujours agréable de voir des gens que l'on ne connaît pas, écouter nos sets et apprécier. C'est le but avant tout, partager mon univers, et faire en sorte que les gens découvrent, pour ceux qui ne connaissent pas. Ou pour les connaisseurs, voir à quoi ressemble mon idée de la techno.

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