Législatives danoises : une campagne brève mais intense

17 Juin 2015


Le vendredi 18 juin se tiendront les élections législatives au Danemark. L’occasion pour les Danois de renouveler les 179 députés du Folketing, le parlement du royaume, Groenland et Îles Féroe inclus. Alors que les Danois se montrent de plus en plus méfiants vis-à-vis de leurs politiques, l’actuelle Première ministre, Helle Thorning-Schmidt espère sa réélection. La coalition de droite semble pouvoir sortir gagnante si elle obtient l’appui du Parti populaire danois, qui semble mener le débat.


Helle Thorning-Schmidt - Crédit : DR
La campagne pour ces élections législatives n’aura pas duré un mois. C’est la Première ministre elle-même qui a annoncé la date des élections le 27 mai dernier. La Constitution du pays lui donne le droit de convoquer les élections à tout moment si cela ne fait pas plus de quatre ans que les dernières ont eu lieu.

En organisant les élections si rapidement, Helle Thorning-Schmidt a empêché le Parti National, formé par trois frères d’origine pakistanaise, de réunir le nombre de signatures nécessaires et a ainsi favorisé d’autres candidats. Si les élections avaient eu lieu plus tard, la jeune leader de l’Alliance rouge-verte, Johanne Schmidt-Nielsen, aurait dû quitter la tête du parti, conformément à ses règles. Étant très appréciée chez les partis de gauche, elle a ainsi pu rester en place et faire campagne.

L’heure du bilan pour le gouvernement

« Le Danemark est sur la bonne voie, nous sommes sortis de la crise… il est temps de demander aux Danois s’ils veulent maintenir cette trajectoire » déclarait Helle Thorning-Schmidt lors de l’annonce des élections. Depuis septembre 2011, elle est à la tête d’une coalition gouvernementale qui réunit les sociaux-démocrates dont elle fait partie, et la Gauche radicale.

Le gouvernement peut également compter sur le soutien du Parti populaire socialiste et de l’Alliance rouge-verte, bien que les relations soient parfois difficiles. Le Parti populaire socialiste a quitté le gouvernement l’année dernière à la suite de la vente de parts de DONG Energy, une des principales entreprises du secteur énergétique du pays, à la banque d’investissement américaine Goldman Sachs.

Même si la Première ministre assure que « le Danemark est en meilleur état que ce qu’il n’était en 2011 », elle doit se défendre d’une politique jugée trop à droite par beaucoup de ses électeurs. Avec son gouvernement, ils ont réduit les taxes des entreprises, diminué les avantages des personnes sans emploi et renforcé les conditions pour les demandeurs d’asile et migrants en général.

L’économie du pays semble néanmoins stable, alors qu’elle avait sévèrement été touchée par la crise financière. En guise de bonne foi, peu de temps avant l’annonce des élections, le gouvernement avait rectifié ses prévisions de croissance, en expliquant que celle-ci serait plus attendue autour de 1,7 % que du 1,4 % annoncé précédemment, et qu’en gardant le cap, le pays pourrait atteindre 2 % de croissance en 2016.

En mettant en avant ses réussites économiques, des actions telles que la réduction de l’attente dans les hôpitaux, et en présentant de façon positive ses mesures à l’égard des migrants, le gouvernement espère bien tromper les sondages et se maintenir au pouvoir. Helle Thorning-Schmidt met l'accent sur son expérience et le bénéfice de la continuité. « Le Danemark est un pays fantastique et c’est maintenant que nous devons rester dans la course. Nous n’avons pas le temps d’expérimenter » a-t-elle déclaré.

L‘immigration au centre du débat

Kristian Thulesen Dahl - Crédit : DR
Même si le Parti populaire danois (PPD), parti d’extrême droite, gagne en importance depuis plusieurs années, s’agrandissant avec de nouveaux militants venus de tous horizons, il n’est pas l’unique responsable de la tenue des débats sur l’immigration. Le parti affiche clairement sa peur de l’arrivée de plus de migrants et sa volonté d'étouffer le phénomène en employant des mesures drastiques.

Le nouveau leader du parti, Kristian Thulesen Dahl, a conscience des enjeux de cette élection. La Droite ayant des chances de l’emporter selon les sondages, le Parti populaire danois pourrait se voir offrir de rejoindre la coalition créée par le parti Venstre, principal parti de droite. Même si les deux partis partagent beaucoup d'idées au sujet de l’immigration, joindre une coalition ferait perdre au PPD sa condition d’électron libre qui lui permet d’influencer le débat public.

Les partis de droite se sont attaqués au gouvernement et ont dénoncé sa politique d’immigration. Lars Løkke Rasmussen, leader de Venstre et ancien Premier ministre, a annoncé que s’il remportait l’élection, il mettrait une « halte immédiate à l’afflux massif de demandeurs d’asile qui viennent au Danemark ». Il a d’ailleurs proposé un plan d’action en huit points, dont diminuer le support financier apporté aux réfugiés par l’État, n’accorder un permis de résidence que si la personne a un travail et maîtrise le danois et de manière plus générale, réévaluer le rôle du Danemark sur la scène internationale par rapport à l’accueil de réfugiés.

Rasmussen considère qu’il est dans l’intérêt du pays de réduire son attractivité pour les demandeurs d’asile. L’Alliance libérale, le PPD et Venstre ont cosigné un communiqué sur la marche à suivre pour régler le problème de l’immigration en expliquant que l’idée devrait être d’aider les gens chez eux avant qu’ils ne viennent au Danemark. En 2014, le nombre de demandeurs d’asile a doublé dans le pays. C’est pour répondre à ce problème que l’actuel gouvernement a renforcé les conditions, en introduisant d’abord un permis de résidence temporaire et en limitant les regroupements familiaux.

Attaqué sur ce sujet, l’actuelle Première Ministre se doit de défendre son bilan. « Il faut arrêter de faire croire aux Danois que moins de réfugiés seraient venus si nous n’étions pas au pouvoir » a-t-elle déclaré. Helle Thorning-Schmidt se vante d’avoir pour la première fois, depuis des années, renforcé les mesures liées à l’immigration. Son parti a lancé une campagne avec pour slogan : « si vous venez au Danemark, vous devez travailler ».

Les deux blocs se sont donc lancés dans un concours de surenchère qui ne mène nulle part selon Andreas Kamm, secrétaire général du Danish Refugee Council. Il déplore les propos tenus par certains leaders politiques, propos qui selon lui n’aident absolument pas à l’intégration, et explique qu’il est difficile de se sentir le bienvenu dans un tel contexte. Cette idée est soutenue par une partie de la Gauche qui réalise aussi l’impact qu’ont eu les attaques de Copenhague en février sur les débats actuels.

Une campagne placée sous le signe de la méfiance

Les différentes prises de position sur l’immigration et les joutes entre les différents partis ne semblent profiter à personne. Un récent sondage effectué par le site politique Altinget révèle que seulement 28 % des Danois ont encore confiance en leurs politiciens. Un record quand le résultat au même sondage était de 70 % en 2007 et 60 % en 2011. Les électeurs qui soutiennent le Bloc bleu (Venstre, le Parti populaire danois, l’Alliance libérale et les Chrétiens démocrates) sont les plus sceptiques avec seulement 25 % d’entre eux qui croient les dires de leurs dirigeants.

Le Bloc rouge, composé des Sociaux-démocrates, Sociaux libéraux, l’Alliance rouge-verte, l’Alternative et le Parti populaire socialiste sont eux plus optimistes, 37 % affirmant avoir confiance en leurs politiques. La situation reste néanmoins plutôt alarmante quand on voit la vitesse à laquelle le changement s’effectue. Un professeur de l’université de Copenhague, Kasper Møller Hansen, rappelle que « la confiance, c’est la glue qui maintient la cohésion de la société et quand cela disparaît, ça commence à affecter les fondations de la démocratie ».

S’il fallait désigner un coupable, Hansen pointe directement les politiciens du doigt. Il explique que « le ton employé ces dernières années est devenu de plus en plus dur. L’un accuse l’autre d’avoir brisé ses promesses et de mener une politique passive, tout cela crée une image dans la tête des électeurs qui ferait que la politique ne se limiterait qu’à cela ». Durant la campagne, l’ancien Premier ministre et leader de Venstre, Lars Løkke Rasmussen, s’est vu attaqué par ses opposants de gauche sur des affaires privées.

Ayant été éclaboussé par plusieurs scandales d’ordre financier, le parti social-démocrate en a profité. Une page web intitulée « qui doit payer pour les factures de Lokke ? » a été lancée avec une photo peu avantageuse de Rasmussen sur fond de factures. Certains observateurs expliquent également qu’une campagne « à l’américaine » avec deux principaux candidats, Lokke et Thorning-Schmidt, est relativement inhabituelle au Danemark, et que cela peut expliquer les attaques personnelles et ce contexte tendu de pré-élections.



Je suis actuellement en Master Relations Internationales à Prague à la suite d'une licence… En savoir plus sur cet auteur