Catalogne : portrait d’un fédéraliste

9 Décembre 2014



Le 9 novembre dernier, les Catalans étaient appelés à voter dans un référendum sur l’indépendance de leur région. Ce référendum, sans effets légaux et interdit par l’Etat central, a connu une excellente participation de plus de 2 millions de personnes. Les citoyens avaient le choix entre l’indépendance ou le statu quo. Une troisième voie correspondant à un système fédéral leur était également proposée.


Crédit Valentin Berthoux
Crédit Valentin Berthoux
Le Journal International est allé à la rencontre de Javier Romero, catalan vivant en France et qui a choisi l’option de la troisième voie. Il nous explique les raisons d’un choix qui semble pourtant rencontrer peu d’adhésion et la façon dont il a vécu le processus depuis l’extérieur.

Pourquoi as-tu choisi le fédéralisme au référendum du 9 novembre 2014 ?

J’ai voté « oui-non » (option fédérale, ndlr) parce que je pense que le gouvernement espagnol doit changer. La Catalogne n’est pas prête pour être indépendante dans le contexte socio-économique mondial et européen actuel. L’Europe n’est pas prête à accepter une Catalogne indépendante et donc le choix « oui-non » est la meilleure solution pour changer la relation entre la Catalogne et l’Espagne sans forcer l’Europe à accepter un nouveau pays. De plus, quel sens cela aurait-il d’être indépendant ? Nous dépendrons toujours d’autres organismes. Aujourd’hui, c’est l’État espagnol qui nous protège et il est logique que cela reste comme tel tant que l’Union européenne n’est pas prête à accepter une Europe des peuples plutôt que d’États. Ce que l’on doit essayer d’améliorer, c’est la relation entre la Catalogne et l’Espagne au sein de l’État espagnol et non en dehors.

Que changerait un système fédéraliste ? Que manque-t-il aujourd’hui à la Catalogne ?

La possibilité de gérer les ressources économiques et que l’Espagne respecte l’identité et la nation catalane. Aujourd’hui, le système des communautés autonomes est un système de « café para todos » (expression célèbre en Espagne qui désigne le fait que les communautés autonomes demandent toujours plus à l’État central pour arriver au niveau de leurs voisines, ndlr) et par conséquent il ne reconnaît pas l’identité catalane comme une identité différente. C’est un système quasi-fédéral sans reconnaître cette identité. Ce manque de reconnaissance est un manque de respect de l’État espagnol envers la Catalogne. Le fédéralisme impliquerait que l’identité soit reconnue et que les compétences sur la culture et l’éducation ne soient pas remises en question. 

De plus, cela donnerait la possibilité à la Catalogne de gérer son argent. Cela ne veut pas forcément dire moins contribuer, mais cela serait le résultat d’un accord entre l’Espagne et la Catalogne. Aujourd’hui, l’État espagnol ne respecte pas le statut de la Catalogne en terme de financement. Ils ignorent cet accord de manière unilatérale. Dans un État fédéral, cela ne pourrait pas arriver, car tout devrait être négocié et accordé.

Le résultat de l’option fédéraliste a été de 11% au référendum. Pourquoi cette option ne rencontre-t-elle pas plus de succès ?

Parce que les gens qui ne sont pas allés voter sont les fédéralistes et les partisans du non. S’il y avait eu un vote légal, le fédéralisme aurait rencontré plus de succès. De plus, beaucoup de gens savaient que cette consultation avait été interdite et n’aurait aucun effet. Ceux qui ont voté pour l’indépendance ont émis un vote-sanction. Beaucoup de gens qui ont voté « oui-oui » auraient voté « oui-non » dans un référendum réel. 

Mais il est vrai que le fédéralisme n’est pas majoritaire.

Le problème c’est que personne n’y croit. Les indépendantistes pensent que ce n’est pas un geste que pourrait faire l’Espagne. Comme personne n’y croit, la société se radicalise. S’il y avait une solution concrète et réalisable dans ce sens, alors je pense qu’elle séduirait beaucoup de gens. 

Pourquoi y a-t-il cette poussée indépendantiste en Catalogne depuis 4 ans ?

Parce que les gens qui sont devenus indépendantistes pensent qu’à cause de l’Espagne, la Catalogne souffre plus de la crise. Ils pensent qu’en Espagne les choses se gèrent mal et que c'est pour cette raison que la crise a été aussi forte. Il y a quand même beaucoup de populisme et de démagogie dans ces idées. Ce n’est pas vrai que c’est l’Espagne qui est la cause de tous ces problèmes

Ce qui est vrai, c’est que l’Espagne n’investit plus en Catalogne pour qu’elle puisse sortir de la crise. L’argent des Catalans va à Madrid où il est distribué sans tenir compte du fait que la Catalogne est aujourd’hui étouffée. Nous avons besoin d’investissements pour continuer à être un moteur économique de l’Espagne et pour cette raison nous devrions être prioritaires. De plus, aujourd’hui nous sommes dans une situation ou malgré le fait d’avoir plus de ressources fiscales, la Catalogne offre moins de prestations sociales que le reste des régions espagnoles. Cela crée une crispation.

Que penses-tu du nationalisme catalan ? En France c’est très souvent mal vu d’être nationaliste, en quoi le nationalisme catalan est-il différent ?

C’est un nationalisme de gauche et cela lui donne plus de légitimité qu’un nationalisme de droite qui est fasciste. En fait, c’est un peu contradictoire, d’un côté la Catalogne demande plus de ressources, mais d'un autre côté il y a un mouvement de gauche qui dit qu’il faut partager plus.

De l’étranger, comment as-tu vécu les préparatifs du vote ? Qu’as-tu pensé de la campagne menée par les associations indépendantistes à l’international?

Ils l’ont très bien fait. Beaucoup d’articles ont été écrits sur le sujet dans la presse internationale. The Economist a écrit un article il y a peu qui demandait de laisser voter les Catalans. The Guardian et le Financial Times l’ont fait aussi. Il y a eu du mouvement au niveau international surtout pour la presse. Par contre, au niveau des institutions et des États, la campagne a été nulle. Artur Mas a demandé l’appui de plusieurs pays et personne ne l’a reçu. Je pense que personne ne veut interférer dans les problèmes internes espagnols. Une autre chose qui a changé après cette campagne est le fait qu’aujourd’hui tout le monde connaît le problème catalan. Il y a 4 ou 5 ans, très peu de gens connaissaient le désir d’autodétermination de la Catalogne.

Donc tu penses que les gens comprennent mieux le problème à l’international ?

Oui, ils sont plus conscients. Le monde est plus conscient. Si aujourd’hui tu demandes : quels sont les régions ou les peuples qui veulent exercer le droit à l’autodétermination ? Les gens te répondront : le Québec, l’Écosse et la Catalogne. Tout le monde connaît la Catalogne.

Que se passera-t-il dans les mois qui vont suivre ? Il y a-t-il une solution ?

Je ne sais pas ce qu’il va se passer. Il y aura des élections en Catalogne et en Espagne et ce qu’il faut espérer c’est que ces élections se tiennent le plus rapidement possible. Il doit y avoir un changement au niveau espagnol pour que les choses avancent. La seule solution c’est qu’un nouveau parti prenne le pouvoir en Espagne et qu’il soit ouvert à négocier une relation différente avec la Catalogne. Je ne pense malheureusement pas que cela soit possible, car l’Espagne a jusqu’à maintenant fermé toutes les portes. Nous sommes pris entre le marteau et l’enclume !

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Valentin Berthoux
Etudiant en master de sciences politiques à l'Université Autonome de Barcelone. Je m'intéresse à la... En savoir plus sur cet auteur