Journalisme : est-il temps de jeter le papier ?

Tribune libre

Elisa Juszczak et Fatima Sator
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13 Mai 2013



À l’occasion de la conférence « Journalisme d’aujourd’hui et de demain » en présence d’Edwy Plenel, le Journal International se penche sur l’avenir du quatrième pouvoir. Entre le support numérique, l’apparition du « Citizen journalism » et une infobésité inquiétante, il est grand temps de repenser le journalisme.


DR.
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Journaliste ? Aujourd’hui, tout le monde peut le devenir. Le développement des journaux en ligne a ouvert la porte au journalisme citoyen. Autrement dit, ce ne sont plus seulement les professionnels qui écrivent des articles accessibles au grand public. Cette nouvelle forme de journalisme a lentement émergé suite à un sentiment d’insatisfaction par rapport au journalisme mainstream, qui propose une information perçue comme rapide et incomplète. Le journalisme citoyen permettrait aussi à des spécialistes de donner leur analyse sur un évènement ou un thème qu’ils maitrisent. Mais qu’en est-il du journalisme professionnel ? Un mur est-il réellement en train de se créer entre ces deux manières de traiter l’information ? Non, car la force du journalisme citoyen et du journalisme professionnel réside dans leur complémentarité. En effet, il ne faut pas oublier que même le journalisme professionnel conserve, selon le directeur de MediaPart Edwy Plenel, une responsabilité citoyenne et une légitimité démocratique.

Le 2.0 : un nouveau support

La révolution numérique a créé de nombreux changements dans la structure des médias et le comportement des lecteurs. De plus en plus de sites journalistiques sont visités, ce qui donne naissance à une écriture nouvelle. Et donc à une nouvelle façon de former les étudiants en journalisme dans les écoles. Ces nouvelles techniques enseignées laissent nombre d’entre nous prévoir la disparition de la presse papier. On devrait pourtant comprendre cette situation comme une reconversion et non une disparition. De nombreux grands quotidiens continuent à publier en version papiers des hors-séries thématiques de qualité. Certaines revues récentes sont trimestrielles et traitent leurs sujets en profondeur, proposant des enquêtes originales. Leur but est bien sûr de sortir d’une « infobésité », pour privilégier une prise de recul et une analyse précise.

Quand gratuité rime avec infobésité

Occuper ses trajets en métro en lisant la presse distribuée gratuitement est devenu le quotidien de plusieurs d'entre nous. Mais que valent ces pages surchargées de publicités ? 97% des Français considèrent s'informer tous les jours. Mais qu'appellent-ils « s'informer » ? Sans publicité la presse gratuite n'existe pas. La publicité cherche à toucher le plus de personnes. Quoi de mieux que des journaux distribués aux bouches de métro ? Ces papiers qui s'arrachent, en vitesse au pied de l'escalator, vont chercher une logique de « scoop ». Titres-chocs, exagération de faits et diffamations sont au rendez-vous pour faire lire cette presse. Les publicités paient jusqu'à 19 000 euros pour avoir une page de titre du 20 minutes suisse. Un prix que nous, lecteur, alimentons. Des articles très courts, souvent des reprises des dépêches d'AFP sans analyse ni information nouvelle et aucune valeur ajoutée, la presse gratuite ne fait que s'éloigner de l'information. Il est clair et indiscutable que la qualité se paie. Comme pour tout. Si la presse gratuite permet une très rapide connaissance de l'actualité, elle n'est pas sur le point de nous apprendre quelque chose. Elle restera donc une occupation dans notre traintrain quotidien mais gare à ne pas lire que ça.

God save the democracy

C'est à la presse d'un pays que l'on peut évaluer sa démocratie. Une presse pauvre reflète une démocratie pauvre. Le journalisme a été dans le début vu comme le chien de garde de la démocratie. Son but ? Ne laisser aucun pouvoir s'approprier cet outil démocratique. Mais au fil des siècles, de l'histoire et des dictatures, les citoyens ont perdu confiance dans le journalisme. Le journalisme ? Un moyen de diffuser un message et de contrôler les esprits disaient-ils. Pour cette sauvegarde de la démocratie, il faut dans un État une presse libre et indépendante. Une presse qui a pour seuls détenteurs et actionnaires des journalistes. Businessman, banquiers et grandes fortunes sont à la tête des groupes de presse français. Comment défendre des valeurs démocratiques alors que la liberté d'expression a une limite; les intérêts de ces actionnaires. Les médias, qu'on appelait le 4e pouvoir, ne peuvent prétendre l'être avec des intérêts autres que démocratiques.

Cette idéologie d'indépendance des médias se heurte à la réalité; quand on demande à Edwy Plenel quel est l'état de santé de la démocratie en France il répond « malade, très malade ». Rendre le journalisme libre et indépendant, sans intérêt économique; il est grand temps de commencer la mission « save the democracy ».

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